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Alexia Desmeules : UQAM - Université du Québec à Montréal
La rivière Romaine s'écoule sur 500 kilomètres et fait partie intégrante du Nitassinan, territoire ancestral des Innus de la Côte-Nord. En 2009, Hydro-Québec y lançait un mégaprojet hydroélectrique, un des plus imposants chantiers en cours dans le Nord québécois, devant se terminer à l'aube de 2020. La présente communication s'attache à ses impacts sur le rapport au territoire des Innus d'Ekuanitshit, la communauté la plus directement affectée de par sa proximité à la rivière. Spécifiquement, le concept de territorialité est exploré sous trois angles : pratiques traditionnelles (chasse, pêche,…) et nouvelles (emplois au chantier) ; identité ; gouvernance. Nous avons trouvé que même si les pratiques et les représentations de la rivière ont changé, celle-ci demeure significative dans l'identité territoriale des Innus rencontrés, leur sens des lieux et leur sentiment d'appartenance. Pour la majorité d'entre eux, le chantier est vu comme un sacrifice, même s'ils concèdent des retombées économiques ponctuelles. Leurs préoccupations quant aux impacts environnementaux et sociaux semblent plus déterminantes. Plusieurs estiment que les négociations en amont du projet avec Hydro-Québec ont été menées sous pression, sans réelle possibilité de cogestion, accentuant l'impression d'avoir sacrifié leur rivière. Ces résultats préliminaires sont issus d'une démarche de recherche qualitative et collaborative avec la communauté d'Ekuanitshit dans le cadre d'un mémoire en géographie culturelle.
En 2016, vingt années se seront écoulées depuis le dépôt du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA). Après cinq ans de travaux, de consultations publiques et d’études spécialisées sur la situation des peuples autochtones, la Commission mit au jour un tableau préoccupant de la réalité socioéconomique consternante et des graves malaises psychosociaux qui affligeaient ces peuples de manière quasi généralisée. Devant ce tableau qui, inévitablement, fit mal paraître la société canadienne, le gouvernement promit de mettre en branle diverses mesures conçues pour modifier la donne et poser les bases d’une nouvelle relation, plus juste et plus équitable, entre les peuples autochtones et la société allochtone. Qu’en est-il vingt ans plus tard? La relation entre les peuples autochtones et la société canadienne est-elle meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était dans la foulée de la crise d’Oka? Quel bilan faut-il faire de la situation sociale, économique et politique des peuples autochtones aujourd’hui? Quel bilan également faut-il faire des politiques étatiques qui leur sont destinées? La perception qu’ont des peuples autochtones la société et l’État canadiens a-t-elle évolué? Les constats de la CRPA ont-ils permis aux peuples autochtones de mieux asseoir et de faire avancer leurs revendications? Alors que les questions de politique publique liées aux peuples autochtones mobilisent de plus en plus l’attention des autorités politiques et du public canadiens (violence faite aux femmes autochtones, autonomie gouvernementale, développement économique nordique, Idle No More, etc.), il convient de poser un regard franc et sans complaisance sur ce qui est advenu des bonnes intentions et des promesses de changement faites par la société et l’État canadiens dans la foulée de la CRPA. Dans cette perspective, le colloque se veut également une réflexion sur la nature des rapports contemporains entre majorité et minorités au sein des démocraties libérales telles que le Canada.
Thème du colloque :