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Marc Dumas : Université de Sherbrooke
L'analyse interdisciplinaire du phénomène religieux permet de mieux décrire les lieux d'émergence du religieux aujourd'hui. D'une société relativement homogène qui avait ses lieux pour exprimer le religieux (credo, textes sacrés, rites, symboles, communautés de foi, etc.), nous vivons aujourd'hui les conséquences du processus de sécularisation : dé-traditionalisation en christianisme, recherches tous azimuts de sens et de spiritualités, pluralisation des propositions issues des traditions religieuses, accommodations à la société matérialiste et de consommation, etc. Il y a des pèlerins et des convertis; il y a aussi des analphabètes du religieux et d'autres qui s'enlisent dans des croyances destructrices, aliénantes et violentes qui défigurent les traditions religieuses...
Dans ce contexte effervescent, la pratique théologique est menacée de délitement. Mon objectif est d'explorer ce que les théologiens/nes entreprennent pour traquer le théologal au cœur des déplacements et bouleversements du religieux. À travers les propositions de Tillich (théologie de la culture), De Certeau (Fable mystique) ou encore Gisel (mise en scène de la théologie en société), qui me serviront de catalyseur pour préciser les enjeux de la recherche théologique en modernité avancée, je souligne l'apport critique de la perspective théologique face aux phénomènes religieux contemporains, et par conséquent plaide pour un dialogue interdisciplinaire inclusif du caractère théologal du religieux.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?