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Ângelo Cardita : Université Laval
Une compréhension rituelle de la liturgie est aujourd'hui vouée à un double échec : d'un point de vue théologique, on travaillerait avec une « réduction »; d'un point de vue socio-anthropologique, on ferait référence à une réalité « dépassée ». Dans cette communication, je plaiderai pour une approche où ni la théologie défend Dieu, ni les sciences humaines renient sa « présence » comme interlocuteur et acteur à l'œuvre dans les dispositifs croyants. L'apologie théologique ne diffère pas de l'idéologie socio-anthropologique. Au contraire, les deux positions se nourrissent et se confirment mutuellement et ainsi elles faussent les réalités qu'elles-mêmes désirent affirmer. La preuve se trouve dans une considération du rite religieux en amont de toute apologétique théologique ainsi que de toute réduction anthropologique. « In its own right », le rite religieux semble confirmer l'hérésie d'un Dieu « trop humain » ainsi que la vision réactionnaire d'un être humain structurellement et profondément « dépendent ». Devant un tel paradoxe « théo-antropologique », l'anthropologue, le psychologue, le sociologue sont sûrement dans l'inconfort, mais le théologien s'y retrouve complétement nu. En même temps, un tel paradoxe semble être le seul critère capable d'ouvrir un chemin au cœur du pluralisme et des conflits des interprétations conduisant vers une compréhension de la dimension religieuse de l'expérience humaine – même là où l'on ne s'y attendrait pas…
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?
Titre du colloque :