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Josiane Paddeu : CÉREQ
Cette contribution interroge les effets des politiques éducatives visant la réussite des élèves par le truchement des instruments, techniques et outils qu'elles élaborent pour y parvenir. La contractualisation et l'évaluation, les deux instruments majeurs au service de cette politique, sont spécifiés, entre autre, par deux techniques : la « référentialisation» (élaboration de standards) et la mesure. Ainsi en France, depuis 1985 des référentiels se sont substitués aux programmes en fixant des objectifs ou des résultats aux apprentissages. Ces derniers doivent être évalués au moyen d'outils, les grilles d'évaluation. La mesure quant à elle s'opérationnalise au travers d'indicateurs tels que la fixation à priori de taux de réussite.
Ces techniques et outils sont destinés à normaliser, contrôler le travail d'évaluation des enseignants pour que soient atteints les objectifs (qualitatifs et quantitatifs) fixés. L'observation directe des pratiques d'évaluation fait apparaître cependant les effets contrastés de ces outils. Les grilles d'évaluation, parfois réélaborées par les inspecteurs territoriaux, sont massivement contournées par les enseignants. Ces derniers, pour évaluer les élèves, élaborent d'autres repères que ceux fixés par les référentiels. En revanche, le caractère public des notes, qui rend plus aisé un contrôle de la part des inspecteurs et de l'administration, pousse les enseignants à obtempérer : ils augmentent systématiquement les notes des élèves en difficulté.
La formation professionnelle, qu’elle se déploie sous régime scolaire (enseignement professionnel, technique ou universitaire) ou par la voie du travail (apprentissage en milieu de travail, compagnonnage, formation continue), a pour objet l’apprentissage d’un métier, d’une technique, d’une profession. Les pratiques des acteurs individuels (apprenant, enseignant, formateur, direction, compagnon, chef d’entreprise, etc.) et collectifs (groupe-classe, équipe-école ou départementale, commission scolaire, comités sectoriels, mutuelles de formation, syndicats, etc.) prennent forme à la croisée de dynamiques multiples. Elles se concrétisent ainsi sous l’influence d’enjeux, d’approches et de perspectives variées et complexes à articuler : les aspects pédago-didactiques (les approches de conception de la formation et des situations d’enseignement-apprentissage, les didactiques professionnelles en émergence, les contenus et les modalités de formation des enseignants et des formateurs ainsi que des divers types d’apprenants qu’ils forment), organisationnels (modalités de gestion et de financement, recrutement des enseignants, évaluation, qualification), sociaux (réussite éducative, insertion professionnelle des personnes formées), économiques (injonctions du milieu de travail, offre de formation, coût des infrastructures) et politiques (entre différents ministères ou au sein d’organismes décentralisés). Les microprocessus liés à la formation et à l’apprentissage professionnel, les gestes posés dans des environnements locaux, sont ainsi à comprendre à l’une des dynamiques à l’œuvre dans les mésosystèmes (l’établissement, l’entreprise) et les macrosystèmes (politiques élaborées et ensembles socioculturels). Ce colloque a pour objectif de faire état des recherches portant tant sur ces microprocessus que sur des dynamiques plus globales afin de comprendre comment, dans leur articulation, ils informent les pratiques de la formation professionnelle au quotidien.