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Karine Espineira : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Comment le « je » du témoignage est-il devenu le « nous » de la recherche? Comment expliciter la mise en abime depuis une recherche située qui ne cache pas ses échafaudages et le sujet/objet de la recherche elle-même? En premier lieu, nous parlons du glissement du statut d'objet de savoir à celui de sujet de savoir de la chercheure impliquée et de son « groupe d'appartenance morale ». Nous montrons les limites et les avantages à être « du dedans » et « du dehors ». En second lieu, il nous faut préciser le cadre et le sujet/objet de la recherche en question. L'étude de la construction médiatique des transidentités s'est appuyée d'une part sur un corpus audiovisuel constitué à l'Institut National de l'Audiovisuel, d'autre part sur une observation participante de cinq années du terrain transidentitaire français (2008-2012). Nous décrivons et analysons la construction d'un modèle « acceptable et montrable » (la figure trans : femme, blanche, occidentale, hétérosexuelle, validant l'ordre des genres, désexualisée et sur-genrée etc.) et détriment d'une figure « paniquante » (la femme transgenre, étrangère, séropositive, prostituée, sur-sexualisée et dégenrée, etc.) source de paniques de genre.
On assiste aujourd’hui à une prolifération jamais vue, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité et l’inclusion sociale. Il y est question d’orientation sexuelle, d’expression de genre, de séropositivité au VIH, de travail du sexe, de non-monogamie, d’agression sexuelle. Les sujets abordés sont tabous, et ceux qui les relatent s’exposent à l’opprobre et à la non-reconnaissance, que ce soit par la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Les histoires véhiculées participent ainsi à l’expansion d’un discours sur la justice sociale et la reconnaissance au moyen de cultures démocratiques, éthiques et pornographiques déterminées. Plusieurs auteurs confirment que ce discours s’inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des médias et des différentes formes d’intervention et d’action culturelle menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus donc, et à travers le récit au « je », s’exprime une parole collective qui articule non seulement une identité et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté d’action sociale. Émergent plusieurs « cultures du témoignage » qui impliquent des personnes témoins, d’autres qui sollicitent les témoignages, d’autres enfin qui les consomment, et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet, tant sur le plan de leur production que sur celui de leur réception.
Ce colloque de trois jours vise à mettre en commun des réflexions d’actualité issues des sciences sociales, des arts, de l’éducation, de la santé et du milieu sociocommunautaire. Il s’adresse aux personnes dont le travail, la recherche ou les études concernent les pratiques, les usages et les retombées du témoignage public comme stratégie d’intervention dans la société actuelle.