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Danielle Lafontaine : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Prenant place parmi quelques grandes familles de dispositifs territorialisés de soutien à l'innovation technologique ou socio-économique institués dans de très nombreux pays depuis une vingtaine d'années, certains évalués, l'idée de laboratoire vivant (Living Lab) est récente ainsi que les démarches qu'elle a pu inspirer, rares avant les années 2000, mais beaucoup plus nombreuses aujourd'hui, ceci sous l'impulsion importante du réseau ENoLL lancé en Europe en 2006. Tendent à s'y greffer d'autres intitiatives de constitution de « lieux » ou groupements (fab-lab, « tiers-lieux », communautés d'apprentissage, formes d'entreprenariat collectif, écosystèmes, villes ou territoires « intelligents »). C'est de cette effervescence dont il sera d'abord question, soulignant l'importance accordée dès 2006 par ENoLL à l'évaluation des résultats. Portant à l'attention quelques recherches évaluatives réalisées sur des Living Labs, dont une reliée à deux expérimentations menées au Québec, plusieurs défis méthodologiques, théoriques et pratiques entourant l'évaluation de ces dispositifs émergents seront dégagés et des efforts collectifs pour les relever soulignés. De plus en plus réclamée, logée au cœur de transformations socio-politiques comtemporaines reliées à des enjeux de positionnement et de légitimité, l'évaluation constitue une forme de production de connaissances et de pratique sociale engageant des conceptions de la société et de l'innovation.
L’innovation sociale est devenue en quelques décennies un impératif qui concerne la globalité de l’espace et de la société (Callon, 2012). Les bouleversements induits par le recours systématique à l’innovation exigeraient en retour un minimum d’engagement de la part de ceux qui en sont les principaux destinataires (usagers, clients, citoyens). De nouvelles propositions se construisent en ce sens et les laboratoires vivants (LV) en font partie. Ces derniers ont émergé comme une nouvelle approche à l’innovation dans laquelle les utilisateurs sont désormais vus comme des acteurs clés dans le processus d’innovation. Plus précisément, les LV sont des « espaces d’interaction où les parties prenantes forment des partenariats public-privé-citoyen (ex. : organisme public, établissement d’enseignement supérieur, entreprise, utilisateur), pour la création, le prototypage et la validation de nouvelles technologies, services et produits dans des conditions réelles » (Westerlund et Leminen, 2015). Le déploiement des LV répond à des problématiques concrètes d’ordre technologique, social et environnemental. Ils sont en mesure de jouer un rôle de catalyseurs dans l’essor des territoires où ils s’implantent et ouvrent, en ce sens, sur de nouvelles perspectives de développement territorial (Klein et Pecqueur, 2015). Néanmoins, à ce jour, en dépit d’un réseau de LV bien installé, peu de recherches aussi bien empiriques que théoriques se sont intéressées à documenter les effets créés par un projet de LV à l’échelle d’un territoire (Veeckman et al., 2013).
Pourtant, les LV présentent un intérêt par les formes particulières de gouvernance qu’ils impulsent et par la configuration des savoirs qui s’en dégage. En accord avec l’analyse de Pires (1997), nous assumons que les LV constituent un objet émergent, éveillant un intérêt croissant de la part des chercheurs. En effet, en contribuant au décloisonnement des secteurs et des catégories d’acteurs, les LV pourraient constituer un nouveau modèle d’initiative de développement territorial favorisant l’innovation sociale. Ce colloque mettra en perspective les LV en tant que nouveaux modèles d’action. Ce faisant, nous tenterons de comprendre dans quelle mesure les dynamiques d’innovation générées aboutissent à la production de connaissances.
Pour les professionnels et praticiens du réseau québécois des LV, ce colloque constituera un moment important. Il leur permettra de comprendre quels sont, au-delà des objectifs affichés, les effets, retombées et externalités d’un projet de LV sur son environnement social, économique et politique. Puis, il est envisagé de s’interroger sur la capacité de « contagion » au sein des territoires et des parties prenantes de cette nouvelle réponse aux enjeux d’innovation contemporains. Bref, qu’advient-il après le buzz impulsé par la tenue d’un laboratoire vivant?
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