Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Maude Ménard-Dunn : UQAM - Université du Québec à Montréal
La pratique du témoignage peut être envisagée comme une pratique de réappropriation : réappropriation du sens d'une réalité sociale soumise aux normes, réappropriation du pouvoir de se définir et de se nommer. Plus largement, les individus qui témoignent s'adonnent à une pratique dite « par [les personnes] et pour [les personnes]», un vocable qui désigne un vaste éventail de pratiques d'intervention portant une critique virulente du travail social et de ses méthodes. En effet, les approches « par et pour » redéfinissent les relations de pouvoir qui traversent l'intervention en restituant aux destinataires des services le pouvoir généralement détenu par les professionnelles de l'intervention, bouleversant ainsi les cultures démocratqiuesdu milieu de l'intervention sociale. En première partie, nous présenterons quelques éléments du contexte québécois ainsi que le cadre théorique nous permettant d'aborder les « manières de faire » du « par et pour » selon celles et ceux qui disent les mettre en œuvre dans le cadre de leur travail. Nous dégagerons ensuite les résultats préliminaires issus des récits de pratique recueillis dans le cadre de notre projet de recherche auprès de groupes de femmes, de personnes utilisatrices de drogues et de personnes vivant avec un problème de santé mentale. Finalement, nous décrirons comment les pratiques « par et pour » et le témoignage s'articulent concrètement au sein d'un groupe en particulier, soit les Entendeurs de Voix.
On assiste aujourd’hui à une prolifération jamais vue, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité et l’inclusion sociale. Il y est question d’orientation sexuelle, d’expression de genre, de séropositivité au VIH, de travail du sexe, de non-monogamie, d’agression sexuelle. Les sujets abordés sont tabous, et ceux qui les relatent s’exposent à l’opprobre et à la non-reconnaissance, que ce soit par la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Les histoires véhiculées participent ainsi à l’expansion d’un discours sur la justice sociale et la reconnaissance au moyen de cultures démocratiques, éthiques et pornographiques déterminées. Plusieurs auteurs confirment que ce discours s’inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des médias et des différentes formes d’intervention et d’action culturelle menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus donc, et à travers le récit au « je », s’exprime une parole collective qui articule non seulement une identité et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté d’action sociale. Émergent plusieurs « cultures du témoignage » qui impliquent des personnes témoins, d’autres qui sollicitent les témoignages, d’autres enfin qui les consomment, et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet, tant sur le plan de leur production que sur celui de leur réception.
Ce colloque de trois jours vise à mettre en commun des réflexions d’actualité issues des sciences sociales, des arts, de l’éducation, de la santé et du milieu sociocommunautaire. Il s’adresse aux personnes dont le travail, la recherche ou les études concernent les pratiques, les usages et les retombées du témoignage public comme stratégie d’intervention dans la société actuelle.