Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Jérôme Cotte : Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal
L'humour peut empêcher la libre expression de celui dont on se moque en le réduisant au silence. Si le rire est une sorte d'élévation, son phénomène opposé est la honte : une mort provisoire, un repli douloureux sur soi. En justifiant l'humiliation railleuse par la prétention de « rire de tout », l'humour polémique contemporain « s'obstine dans son intransigeance, sans se soucier du concept de réconciliation qui s'attachait autrefois à l'humour » (Adorno). Se faire des gorges chaudes de celui qui est déjà oppressé ne revient pas à se défendre de l'horreur et de la mort. C'est y concourir en quelque sorte.
Pourtant, tout un humour se tourne plutôt vers la mort et les situations pénibles afin de nous donner la force d'y faire face. À la manière d'une promesse en voie d'articulation, il laisse pressentir qu'une transformation souhaitable du monde reste possible. Loin de réifier les identités, le rire peut favoriser la reconnaissance de notre humanité, de notre finitude. L'humour éthique fait de notre fragilité commune une force éthique.
Cette communication vise à nuancer les débats actuels concernant l'humour et la liberté d'expression en discutant du concept d'humour éthique et de la mort. Je privilégierai la méthode herméneutique-critique. Je compte ainsi reconnaître l'autorité des théories classiques de l'humour (Aristote, Kant, Hobbes, Bergson, Freud) tout en les interprétant avec les lumières de philosophes critiques contemporains (Adorno et Derrida, entre autres).
À première vue, l’humour et la mort ne présentent pas de points de rencontre. Comment peut-on rire d’un événement aussi tragique que la disparition de soi ou d’êtres chers? Les modalités complexes du deuil, les affects de tristesse et de chagrin suggèrent qu’un décès s’accompagne d’émotions fortes qui ne laissent que peu de place à la légèreté et à la plaisanterie. À l’inverse, l’humour peut être source de réactions extrêmes pouvant aller jusqu’à la violence et au meurtre. L’exemple des caricatures de Charlie Hebdo et de la fusillade qui a entraîné la mort de plusieurs dessinateurs de ce journal suggère que la raillerie, l’ironie et la satire ne sont pas appréciées quand elles s’attaquent à des sujets porteurs de valeurs considérées comme absolues. Les relations entre ces deux ordres, mort et humour, n’ont pas encore fait l’objet d’une réflexion critique et empirique et, dans cette perspective, le colloque présenté par la revue Frontières, une revue qui porte sur les enjeux de la mort, vise à aborder cette problématique à partir d’un point de vue interdisciplinaire.
Titre du colloque :
Thème du colloque :