Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Gilles ERNST : Université de Lorraine
Desproges avait beaucoup de talents. Dont celui de regarder la mort en face tout en ne la prenant pas au sérieux. Enfin, pas trop. Pour preuves, ces sujets de sa célèbre chronique sur FR 3 (La minute nécessaire de monsieur Cyclopède) : « Apprenons à vaincre la mort avec un marteau » ; « Égayons une veillée funèbre » ; « Sachons cacher notre joie à l'enterrement d'un être cher ». Ou le titre d'un de ses livres : Vivons heureux en attendant la mort. Ou cet avis irrévérencieux : « Conseils aux centenaires : dépêchez-vous ». La nouvelle de l'Agence France Presse annonçant sa mort le 18 avril 1988, rédigée par un de ses proches, était ainsi formulée : « Pierre Desproges est mort d'un cancer. Étonnant, non ? ». Reflétant cet humour noir qui caractérisa toujours Desproges et lui valut, notamment, l'admiration de Françoise Sagan, elle servira d'exergue à une étude où on analysera, d'abord, les procédés langagiers et rhétoriques, les uns et les autres centrés sur l'art, trop peu pratiqué aujourd'hui dans les médias, de la maxime classique ou, plus simplement, du raccourci ; et ensuite — car c'est bien de cela qu'il s'agit en définitive — la véritable philosophie de la mort qui se cache derrière ces procédés. Et qui, dans le contexte actuel, constitue un rare exemple de mise à distance de la tragédie par le mot d'esprit.
À première vue, l’humour et la mort ne présentent pas de points de rencontre. Comment peut-on rire d’un événement aussi tragique que la disparition de soi ou d’êtres chers? Les modalités complexes du deuil, les affects de tristesse et de chagrin suggèrent qu’un décès s’accompagne d’émotions fortes qui ne laissent que peu de place à la légèreté et à la plaisanterie. À l’inverse, l’humour peut être source de réactions extrêmes pouvant aller jusqu’à la violence et au meurtre. L’exemple des caricatures de Charlie Hebdo et de la fusillade qui a entraîné la mort de plusieurs dessinateurs de ce journal suggère que la raillerie, l’ironie et la satire ne sont pas appréciées quand elles s’attaquent à des sujets porteurs de valeurs considérées comme absolues. Les relations entre ces deux ordres, mort et humour, n’ont pas encore fait l’objet d’une réflexion critique et empirique et, dans cette perspective, le colloque présenté par la revue Frontières, une revue qui porte sur les enjeux de la mort, vise à aborder cette problématique à partir d’un point de vue interdisciplinaire.
Titre du colloque :
Thème du colloque :