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Françoise Naudillon : Université Concordia
Après Balafres (1994), ce n'est qu'en 2010, soit plus de quinze ans après ce premier recueil, que Marie-Célie Agnant publiait de nouveau un opus poétique intitulé Et puis parfois quelque fois… Ce troisième recueil, Femmes des terres brûlées, s'établit sans ambages dans une posture éthique et politique qui refuse la dénonciation et ses grands effets de manches, loin de la voix d'un « poète hargneux ou mélancolique ».
Marie-Célie Agnant écrit pour nous toutes « le livre maudit dont nous sommes les pages noircies », le livre des femmes et des filles, le livre des sœurs et des mères, le livre de l'aïeule et la petite fille, le livre des veuves et des vies brisées, le livre des souffrances qui n'ont pas de nom, le livre des peurs et des tourments, le livre que nul ne veut lire, le livre des silences et du plomb.
Marie-Célie Agnant nous met pour ainsi dire l'horreur dans la peau, elle nous plonge tous vifs dans l'odeur répugnante des tortures, des « culs puants » des lycaons, des vautours, des chacals, des loups et autres hyènes humaines, elle nous fait entendre le battement du sang, la pression sur les gorges et le son des os brisés, elle blesse nos oreilles du cri des enfances violées. C'est ce silence, ce silence qui se prétend pudique, c'est ce silence complice, c'est ce silence et cette cécité du monde, c'est ce refus de voir et d'entendre la souffrance de l'Autre, c'est cette coupable ignorance que les Femmes des terres brûlées fracassent sans sommation.
Ce colloque s’attache aux représentations de la vulnérabilité dans des textes de femmes d’expression française du tournant du siècle pour penser les formes et figures données à la précarité et à la catastrophe, et à la charge politique ou esthétique de ces représentations dès lors qu’elles sont vecteur de transformation. Catastrophe et précarité sont ici deux versants d’un même bouleversement ou d’une même dégradation pouvant s’inscrire dans un rapport de causalité et de complémentarité ou de concurrence et d’opposition. Elles évoquent une violence fondamentale, originelle ou fondatrice, ponctuelle ou systémique ainsi qu’une blessure accidentelle ou intrinsèque qui finissent par devenir les marques d’une posture appelant à des reconfigurations de la subjectivité et de la communauté. Loin de tout essentialisme, la vulnérabilité s’entend au sens d’une condition sociale et politique, voire philosophique et esthétique qui « implique la vie sociale, c’est-à-dire le fait que la vie de quelqu’un est toujours en quelque sorte aux mains d’autrui » (Butler, 2010). De même, la catastrophe comme cataclysme se déploie dans l’horizon d’un anéantissement qui viendrait violemment remettre en question la permanence des structures, des subjectivités et des représentations.
Les réflexions féministes et littéraires sont les perspectives privilégiées par lesquelles les modalités de la mise en discours de la catastrophe et de la précarité seront analysées, autant dans leurs représentations que dans leurs remémorations lorsque l’événement ou l’expérience s’inscrivent dans le passé ou la durée. Seront envisagées des formes variées de la vulnérabilité, de la violence événementielle ou systémique jusqu’aux enjeux littéraires du care (sollicitude), en passant par l’émergence particulière du féminin, les postures de contestation ou d’affirmation, les mécanismes de révolte ou de résistance, voire la violence des sujettes qui précipitent la catastrophe, les postures de résistance se jouant de la précarité.
Titre du colloque :