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Otilia Holgado : Université de Sherbrooke
Devenir enseignant de la formation professionnelle n'est pas sans incidence sur la conception du métier que les professionnels se sont forgés au travail. La transition de l'industrie vers l'enseignement met à l'épreuve les valeurs que les anciens professionnels se sont appropriées sur le lieu de travail, les croyances qu'ils ont développées sur le métier et sur son apprentissage et, d'une manière générale, leur expérience accumulée et leurs références professionnelles acquises. Confrontés aux nombreuses contraintes des situations d'enseignement d'un métier en contexte scolaire, les enseignants construisent leurs pratiques d'enseignement en composant avec des dilemmes, des découvertes, des obstinations, des ajustements, des réconciliations et des renonciations.
Cette communication tente de rendre compte de la manière dont les effets des interactions entre les composantes du système métier – institution scolaire – enseignants – élèves participent à la stabilisation des pratiques des enseignants.
Nous nous appuyons pour cela sur les résultats d'une recherche récente réalisée dans le secteur de l'alimentation, avec des enseignants en cuisine et pâtisserie. Menée avec une approche d'analyse du travail en vue du développement des compétences en enseignement professionnel, cette recherche s'intéresse aux dimensions didactique et pédagogique d'un travail enseignant en construction et en interaction.
La formation professionnelle, qu’elle se déploie sous régime scolaire (enseignement professionnel, technique ou universitaire) ou par la voie du travail (apprentissage en milieu de travail, compagnonnage, formation continue), a pour objet l’apprentissage d’un métier, d’une technique, d’une profession. Les pratiques des acteurs individuels (apprenant, enseignant, formateur, direction, compagnon, chef d’entreprise, etc.) et collectifs (groupe-classe, équipe-école ou départementale, commission scolaire, comités sectoriels, mutuelles de formation, syndicats, etc.) prennent forme à la croisée de dynamiques multiples. Elles se concrétisent ainsi sous l’influence d’enjeux, d’approches et de perspectives variées et complexes à articuler : les aspects pédago-didactiques (les approches de conception de la formation et des situations d’enseignement-apprentissage, les didactiques professionnelles en émergence, les contenus et les modalités de formation des enseignants et des formateurs ainsi que des divers types d’apprenants qu’ils forment), organisationnels (modalités de gestion et de financement, recrutement des enseignants, évaluation, qualification), sociaux (réussite éducative, insertion professionnelle des personnes formées), économiques (injonctions du milieu de travail, offre de formation, coût des infrastructures) et politiques (entre différents ministères ou au sein d’organismes décentralisés). Les microprocessus liés à la formation et à l’apprentissage professionnel, les gestes posés dans des environnements locaux, sont ainsi à comprendre à l’une des dynamiques à l’œuvre dans les mésosystèmes (l’établissement, l’entreprise) et les macrosystèmes (politiques élaborées et ensembles socioculturels). Ce colloque a pour objectif de faire état des recherches portant tant sur ces microprocessus que sur des dynamiques plus globales afin de comprendre comment, dans leur articulation, ils informent les pratiques de la formation professionnelle au quotidien.
Titre du colloque :