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Pierre-Antoine PONTOIZEAU : Institut de Recherches de Philosophie Contemporaine
Faisons deux hypothèses: 1-La fusion de la communication et de l'éthique réalise la confusion et l'entropie générale. 2-Leur fertilisation réalise la distinction jusqu'à l'émergence de la pluralité morale. Dans le dialogue rationnel, le débat public construit et modifie la position des acteurs du débat. La règle détermine la conclusion en vertu de sa convention. Mais si la considération égale est la règle et la tolérance son principe, ce type de débat détermine l'éthique, la méthode ordonnant le résultat par conciliation des points de vue. L'entropie résulte de cette règle émancipatrice de toutes morales. A l'inverse, leur fertilisation annonce la pluralité. Si la communication consiste en des relations humaines, elle met en commun l'expérience morale et produit des alternatives à l'entropie généralisée. Pourtant, l'interpellation des pratiques jusqu'à l'injonction faite de participer au débat révèle une politique du contrôle social imposant la norme entropique. Celle-ci induit la phobie de la pluralité, l'individualisme régnant en maître. Mais cette illusion communicationnelle prédispose au temps d'une fertilisation. Pourquoi interdire de se gouverner avec les siens selon sa conscience et ses croyances en transmettant le secret de ses mœurs et d'une vie sans avoir à s'en justifier? Cette création de nouvelles sociétés libres foisonne en dehors du débat public dans des aspirations collectives à la liberté de groupes humains.
La relation entre éthique et débat public est aujourd’hui animée d’un double mouvement d’intégration. D’une part, la discussion sur les enjeux sociaux, qui prend essentiellement place en communication publique, est très fréquemment marquée par des préoccupations éthiques; d’autre part, en se déplaçant vers les pratiques sociales et en s’institutionnalisant, l’éthique s’inscrit de plus en plus dans un cadre communicationnel. L’éthique influe donc sur la communication et, à l’inverse, la communication influe sur l’éthique.
Si certains débats sont proprement de nature éthique (l’aide médicale à mourir, la procréation assistée, etc.), d’autres qui ne le sont pas intrinsèquement le deviennent au gré des interventions publiques qui leur adjoignent une incidence éthique (la vie sexuelle de personnalités publiques, certains comportements économiques et financiers, des productions artistiques faisant scandale, etc.). Pour paraphraser ce que dit Bernard Miège au sujet de la communication, on peut presque affirmer que la société a été conquise par l’éthique. En effet, presque toutes les activités humaines, qu’elles soient politiques, sociales, économiques, culturelles et mêmes sportives, peuvent susciter un questionnement éthique.
Par ailleurs, sans doute comme un effet en retour de cette inflation de l’éthique dans l’espace public, mais aussi en réponse à une demande sociale forte, l’éthique a cessé d’être un champ de réflexion réservé aux universitaires pour devenir une pratique sociale qui s’exerce dans un environnement communicationnel. Aujourd’hui, pour une part importante, les objets de la réflexion et de la pratique éthiques se déterminent en fonction du débat public et aussi de la communication publique, dans la mesure où on définit cette dernière comme l’ensemble des phénomènes relatifs à l’information portant sur les enjeux sociaux.
Le but de ce colloque est d’explorer les effets, pour l’une et pour l’autre, de cette imbrication de l’éthique et de la communication publique.