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Jean-Marie Lafortune : UQAM - Université du Québec à Montréal
Par Jean-Marie Lafortune, Président de la FQPPU
Le 21e siècle s'est ouvert pour le réseau universitaire québécois par une inflexion du modèle de gestion qui a progressivement érodé les bases d'une conception humaniste-démocratique au profit d'une vision technico-commerciale. La réforme du financement introduite avec l'adoption de la Politique québécoise à l'égard des universités ainsi que le virage vers la recherche par projet induit par la création des Chaires de recherche du Canada inaugurent en l'an 2000 une ère où le mode de gestion entrepreneurial s'impose au milieu universitaire. Après 15 ans d'expérimentation, on observe que ce modèle conduit à une dérive qui remet en cause la réalisation de la mission universitaire en tant que service public ainsi que le statut et le rôle des professeurs au sein de l'institution. Ce constat de dénaturation du modèle antérieur de cogestion ayant historiquement démontré sa pertinence appelle une forte mobilisation professorale, organisée autour de la vie syndicale, et la mise sur pied d'instances, telle un Conseil des universités, pouvant permettre de rompre avec la coûteuse concurrence entre les établissements et le processus de subordination du corps professoral aux visées de gestionnaires isolés de la communauté universitaire.
Il y a un demi-siècle, le rapport Parent pavait la voie à une réforme radicale de l’enseignement supérieur au Québec, y compris ses modes de gouverne et de gestion. Rompant avec la centralisation qui prévalait jusqu’alors, l’administration des universités devait faire la part belle à la collégialité. Les professeurs avaient ainsi voix au chapitre, que ce soit au conseil d’administration ou dans les divers comités et commissions mis sur pied à l’échelle de l’université ou de ses unités. Les étudiants étaient eux aussi invités à participer à ces instances et à y faire valoir le point de vue de leurs commettants. Cette conception a largement inspiré les règles et les pratiques au sein de l’Université du Québec nouvellement créée, puis des autres institutions universitaires lors du renouvellement de leur charte.
Depuis, l’université québécoise s’est profondément transformée, sur le plan auntant quantitatif que qualitatif. Les lieux et les modes d’enseignement se sont multipliés, comme se sont diversifiés les profils des étudiants. La recherche a pris une ampleur considérable et le financement des universités est de plus en plus soumis à leur productivité en cette matière. Il n’est plus désormais question de l’administration des universités, mais de leur « gouvernance ». Une logique, que plusieurs associent à la nouvelle gestion publique, impose progressivement sa marque à l’« idée d’université ». L’université doit désormais démontrer son utilité pour l’économie et la société, rendre une myriade de comptes et se doter d’un conseil d’administration dont le rôle et la composition s’inspirent du secteur privé.
Cette transformation tient-elle simplement à un effet de mode ou signale-t-elle plutôt un changement profond dans la gouverne et la gestion des universités, voire dans leur mission? Ce colloque propose d’examiner les manifestations de cette transformation et de dégager ce qu’elle laisse entrevoir pour l’avenir des universités au Québec.
Le colloque a pour but de rendre compte de la transformation de l’université québécoise, de la situer dans un panorama plus général et de réfléchir sur son avenir, en particulier sous l’angle de sa gouverne et de sa gestion. Le colloque vise à soulever les enjeux qui découlent de cette transformation, tant pour les universités elles-mêmes que pour tous ceux qui y œuvrent : dirigeants, étudiants, professeurs et autres groupes d’employés.
Au Québec, peu de chercheurs s’intéressent à la gouverne et à la gestion des universités. Le colloque leur fournira une rare occasion de débattre de ces questions d’importance. Les conférenciers se verront offrir la possibilité de rédiger un chapitre dans un ouvrage collectif qui poursuivra la réflexion amorcée durant le colloque.
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