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Pascale Marcotte : Université Laval
Alors que l'on commémore le Centenaire de la Première Guerre mondiale, se pose un ensemble de questions sur les choix de conservation des lieux de batailles, sur les discours à transmettre : sur la signification que l'on doit, ou devrait, accorder à ces sites. Les témoins vivants ayant disparus, que choisira-t-on de raconter et avec quels moyens?
Longtemps les lieux de batailles et les cimentières, visités par les seuls membres des familles endeuillées, n'offraient aucun moyen d'interprétation. La mémoire vive, puis transmise par la famille proche suffisait à comprendre le sens des lieux. Aujourd'hui, alors que les origines de cette Grande Guerre sont de moins en moins connues, les moyens d'interprétation se multiplient pour remettre en contexte les événements et les lieux. Au-delà de la complexité historique, qui nécessite des outils d'interprétation particuliers, on constate que les outils varient aussi selon les publics visés : les scolaires, les touristes, les gouvernements étrangers, les résidents locaux. Selon les objectifs poursuivis par les responsables de ces sites, les formes changeront également, des plus sobres, aux plus spectaculaires.
Cette communication vise à présenter comment les différents moyens de communication (des panneaux de signalisation les plus élémentaires aux institutions muséales les plus sophistiquées) concourent à transmettre une certaine mémoire des événements, tout en répondant à des considérations sociales et économiques bien contemporaines.
La question des publics de la culture appelle à prendre en compte leur importance dans la consolidation d’un espace public (Habermas, 1962) dynamique, susceptible d’accueillir débats et diversité de points de vue, mais aussi à mesurer à l’effet de pratiques culturelles ciblées au sein de communautés de tailles variées.
Les efforts déployés pour que les productions culturelles rejoignent des publics s’avèrent à présent considérables. D’ailleurs, les institutions culturelles comme les musées sont désormais évaluées en fonction de leur capacité à attirer des publics de plus en plus nombreux. La diversité de l’offre en culture, en loisir et en divertissement place différents établissements en concurrence afin d’attirer les non-publics (Jacobi et Luckerhoff, 2010). Les pratiques culturelles, de la lecture à la sortie au théâtre ou au musée, subissent aussi des mutations profondes sur les plans social, esthétique et technologique. Des facteurs propres à certains arts ou régions, tels les changements apportés aux politiques gouvernementales, les nouvelles technologies, le vieillissement de la population et la désindustrialisation participent à l’accélération de ces mutations.
Dans un contexte où les productions culturelles sont de plus en plus considérées comme des outils de développement économique (économie créative et culturelle), la pression de trouver des publics, locaux et touristiques, devient encore plus forte. Le colloque envisagé permettra de réfléchir aux esthétiques qui leur sont destinées et aux technologies qui façonnent leur expérience, aux stratégies mises en œuvre pour communiquer avec eux, à l’éducation nécessaire pour que le non-initié ait accès à des formes de culture et d’art plus sophistiquées, et aux lieux et aux pratiques qui cherchent à attirer et à fidéliser leurs usagers. Trois axes seront priorisés : 1) Esthétique; 2) Communication et éducation; 3) Théories et méthodes.