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Anne-Julie AUSINA : UQAM - Université du Québec à Montréal
Certains romans, essais autobiographiques, autobiographies ou autofictions nous permettent parfois à nous, lectrices et lecteurs, une transmission sensible qui nous informe sur la place qu'occupe notre corps dans l'espace public. Certaines femmes ont pris le parti de s'exprimer grâce à l'écriture dans un but créatif. Le témoignage qu'elles transmettent prend un sens à la fois politique et spirituel. Politique parce que leur témoignage n'est pas commun et donc l'honnêteté qu'elles arborent pour (d)énoncer semble relever d'un activisme social. Spirituel parce que c'est une force qu'elles vont chercher à l'extérieur d'elles-mêmes et qu'elles ont déjà trouvé en elles, puisque c'est un choix assumé. Cette communication se penche sur l'écrivaine Grisélidis Réal (1929-2005), qui aproduitun œuvre testimoniale et romanesque qui conduit à voir l'espace urbain et la liberté de l'expérience corporelle féminine comme un choix de vie artistique et militant. Son écriture offre de nombreuses portes de sorties aux stéréotypes liés à l'exercice du travail prostitutionnel et propose «un activisme du cœur» où la création rencontre les lois, les pièges de la société et la stigmatisation des femmes. Comment ces textes poétiques et testimoniaux informent sur la valeur et l'importance du mouvement des travailleuses du sexe? Comment art et politique peuvent se lier pour témoigner et permettre un activisme inclusif, intersectionnel et transdisciplinaire?
On assiste aujourd’hui à une prolifération jamais vue, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité et l’inclusion sociale. Il y est question d’orientation sexuelle, d’expression de genre, de séropositivité au VIH, de travail du sexe, de non-monogamie, d’agression sexuelle. Les sujets abordés sont tabous, et ceux qui les relatent s’exposent à l’opprobre et à la non-reconnaissance, que ce soit par la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Les histoires véhiculées participent ainsi à l’expansion d’un discours sur la justice sociale et la reconnaissance au moyen de cultures démocratiques, éthiques et pornographiques déterminées. Plusieurs auteurs confirment que ce discours s’inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des médias et des différentes formes d’intervention et d’action culturelle menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus donc, et à travers le récit au « je », s’exprime une parole collective qui articule non seulement une identité et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté d’action sociale. Émergent plusieurs « cultures du témoignage » qui impliquent des personnes témoins, d’autres qui sollicitent les témoignages, d’autres enfin qui les consomment, et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet, tant sur le plan de leur production que sur celui de leur réception.
Ce colloque de trois jours vise à mettre en commun des réflexions d’actualité issues des sciences sociales, des arts, de l’éducation, de la santé et du milieu sociocommunautaire. Il s’adresse aux personnes dont le travail, la recherche ou les études concernent les pratiques, les usages et les retombées du témoignage public comme stratégie d’intervention dans la société actuelle.