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« J'ai fait du stop, j'ai été violée, j'ai refait du stop » : la place du viol dans Les Chiennes savantes et Baise-moi de Virginie Despentes

LB

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Léonore Brassard : Université de Montréal

Résumé de la communication

Dans King Kong théorie, Virginie Despentes souligne la double-contrainte liant la femme au viol, celle-là à qui on impose traumatisme et passivité. Contre ce double-discours associant la femme à sa vulnérabilité, elle en oppose un autre qui enjoint à la fois à la désacralisation et à l'appropriation féminine du viol. Ainsi, dans Les Chiennes savantes, Louise, danseuse dans un peep show, et perdant sa virginité par agression, tombe amoureuse de son violeur : « Des années que t'en fais toute une histoire. Finalement, ça n'a rien de si terrible » ; Manu, après avoir été violée dans Baise-moi, réagit pareillement : « ma chatte, je peux pas empêcher les connards d'y rentrer et j'y ai rien laissé de précieux… ». Si le viol reste une catastrophe fondamentale dans les récits de Despentes, et fondateur de son écriture, « en même temps ce qui [la] défigure et [la] constitue », elle privilégie un discours de résistance terroriste dans lequel les femmes se refusent à la vulnérabilité, et s'approprient la violence.

Je propose d'étudier, dans Baise-moi et Les Chiennes savantes, le discours de Despentes, là où une résistance radicale à la vulnérabilité des femmes se fait à la fois par l'appropriation et la désacralisation de la catastrophe de l'agression. Comment la tension entre la place centrale du viol et sa dévalorisation s'exprime-t-elle dans l'écriture? Comment la violence, à la fois du texte et des personnages, permet-elle de répondre à la précarité de la voix féminine?

Résumé du colloque

Ce colloque s’attache aux représentations de la vulnérabilité dans des textes de femmes d’expression française du tournant du siècle pour penser les formes et figures données à la précarité et à la catastrophe, et à la charge politique ou esthétique de ces représentations dès lors qu’elles sont vecteur de transformation. Catastrophe et précarité sont ici deux versants d’un même bouleversement ou d’une même dégradation pouvant s’inscrire dans un rapport de causalité et de complémentarité ou de concurrence et d’opposition. Elles évoquent une violence fondamentale, originelle ou fondatrice, ponctuelle ou systémique ainsi qu’une blessure accidentelle ou intrinsèque qui finissent par devenir les marques d’une posture appelant à des reconfigurations de la subjectivité et de la communauté. Loin de tout essentialisme, la vulnérabilité s’entend au sens d’une condition sociale et politique, voire philosophique et esthétique qui « implique la vie sociale, c’est-à-dire le fait que la vie de quelqu’un est toujours en quelque sorte aux mains d’autrui » (Butler, 2010). De même, la catastrophe comme cataclysme se déploie dans l’horizon d’un anéantissement qui viendrait violemment remettre en question la permanence des structures, des subjectivités et des représentations.

Les réflexions féministes et littéraires sont les perspectives privilégiées par lesquelles les modalités de la mise en discours de la catastrophe et de la précarité seront analysées, autant dans leurs représentations que dans leurs remémorations lorsque l’événement ou l’expérience s’inscrivent dans le passé ou la durée. Seront envisagées des formes variées de la vulnérabilité, de la violence événementielle ou systémique jusqu’aux enjeux littéraires du care (sollicitude), en passant par l’émergence particulière du féminin, les postures de contestation ou d’affirmation, les mécanismes de révolte ou de résistance, voire la violence des sujettes qui précipitent la catastrophe, les postures de résistance se jouant de la précarité.

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 10 mai 2016

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