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Julie FOURNIER-TREMBLAY : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis le milieu des années 1980, il y a une production de plus en plus importante de films pornographiques réalisés par des femmes ayant une vision féministe critique de la pornographie hétérosexuelle mainstream, réalisée par et pour des hommes. Dans cette présentation, je souhaite exposer des résultats de l'étude de cas que j'ai réalisée dans le cadre de mon mémoire de maîtrise en sexologie et qui porte sur le travail de la réalisatrice féministe Tristan Taormino : le film Chemistry Volume 1. Par le biais de son approche, de ses objectifs de travail, de sa réalisation et du montage qui inclus, entre autres, des entrevues, la réalisatrice amène la représentation d'une sexualité fluide, où le désir et le plaisir féminin sont primordiaux, de même qu'une critique féministe positive de l'industrie pornographique et de la sexualité en général. Le travail de cette réalisatrice s'insère dans un processus plus large de productions culturelles et commerciales visant un changement de perception de la sexualité des femmes et, en ce sens, se veut un témoignage politique d'une volonté d'élargir les bornes de la représentation et du vécu de la sexualité des femmes.
On assiste aujourd’hui à une prolifération jamais vue, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité et l’inclusion sociale. Il y est question d’orientation sexuelle, d’expression de genre, de séropositivité au VIH, de travail du sexe, de non-monogamie, d’agression sexuelle. Les sujets abordés sont tabous, et ceux qui les relatent s’exposent à l’opprobre et à la non-reconnaissance, que ce soit par la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Les histoires véhiculées participent ainsi à l’expansion d’un discours sur la justice sociale et la reconnaissance au moyen de cultures démocratiques, éthiques et pornographiques déterminées. Plusieurs auteurs confirment que ce discours s’inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des médias et des différentes formes d’intervention et d’action culturelle menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus donc, et à travers le récit au « je », s’exprime une parole collective qui articule non seulement une identité et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté d’action sociale. Émergent plusieurs « cultures du témoignage » qui impliquent des personnes témoins, d’autres qui sollicitent les témoignages, d’autres enfin qui les consomment, et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet, tant sur le plan de leur production que sur celui de leur réception.
Ce colloque de trois jours vise à mettre en commun des réflexions d’actualité issues des sciences sociales, des arts, de l’éducation, de la santé et du milieu sociocommunautaire. Il s’adresse aux personnes dont le travail, la recherche ou les études concernent les pratiques, les usages et les retombées du témoignage public comme stratégie d’intervention dans la société actuelle.