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Pierre Renaud : McCarthy Tétrault
Depuis le début des années 1990, les groupes d'intérêt réussissent avec l'aide des médias à créer des mouvements qui souvent rejettent les projets sans aucune issue pour les promoteurs. Alors que, dans les années 1970 et 1980, les projets étaient acclamés et autorisés dans une volonté de développement économique, les années 2000 voient l'effet contraire : la société se trouvant dans un confort relatif, la tendance est à l'opposition grandissante et à sa mobilisation. Gouvernance, transparence, éthique, responsabilité sociétale, consultation, acceptabilité sociale, etc. Le chemin afin de réaliser un projet s'allonge, se complexifie et se médiatise depuis les 20 dernières années. Signe des temps, les promoteurs ne peuvent plus proposer des projets sans y associer justifications, atténuation des impacts et… bénéfices pour la nature et la communauté. Bienvenu dans le millénaire du développement durable! À vos crayons et à vos consultations, car les projets ne pourront plus avancer sans l'acceptation des communautés et sans une saine cohabitation avec le milieu naturel! Dans ce nouveau contexte, comment le développement durable peut-il faciliter l'acceptabilité sociale d'un projet ?
L’acceptabilité sociale a émergé alors que des projets et des décisions privés comme publics font l’objet d’une contestation grandissante aux niveaux local, national et parfois international. Issue de la controverse, elle traduit le jugement des populations à propos des politiques ou des projets proposés par les décideurs et les promoteurs. Ce jugement populaire est tributaire d’un processus de construction sociale à travers lequel sont formulées les solutions de remplacement face à une situation donnée. Ce jugement est dynamique et peut se transformer au gré des débats sociaux, des enjeux et de l’évolution des valeurs dont il est l’incarnation. Dans cette perspective, l’acceptabilité sociale ne saurait être confinée à la gestion judicieuse d’un projet ou à l’implantation d’une politique au moment de sa promotion ou de son lancement.
En effet, les entrepreneurs doivent prendre acte de la manière dont le progrès est envisagé par les acteurs sociaux tandis que les décideurs publics ne peuvent plus se contenter de mobiliser le processus de démocratie représentative. Les décideurs espèrent parfois canaliser cette dynamique en recourant à des instances de dialogue social dans le cadre d’une démocratie de plus en plus participative. Mais ces instances ne peuvent alors plus jouer le rôle pacificateur qu’on leur prête, car elles demeurent des lieux de débats où s’affrontent des visions du monde qui devront, ultimement, faire l’objet d’arbitrages.
Ce colloque vise à resituer les enjeux de l’acceptabilité sociale dans le cadre d’une réflexion sur les modalités de la démocratie participative et l’action des mouvements sociaux ainsi que sur la vision du progrès et du collectif. Il s’agit de saisir comment s’articulent les débats et les conflits sociaux à l’occasion du lancement de projets industriels et de politiques publiques, et d’évaluer le potentiel et les défis des instances démocratiques intermédiaires à construire des compromis qui se projettent dans une vision d’avenir du développement.