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Jean-François Tetu : Université ELICO Lyon
Le recours à l'éthique est généralement limité à la science. Mais l'« éthique » (entendue comme champ d'action distinct de celui des règles juridiques) s'oppose parfois au « droit » (entendu comme application stricte des règles nationales et internationales), et impose un « débat public » largement organisé par les médias par exemple le « droit d'ingérence » pour des interventions militaires (Bosnie, Mali, Centrafrique) ou humanitaires (Darfour, Rwanda ou Sud-Soudan), ou encore pour l'annulation de la vente de porte- hélicoptères Mistral à la Russie de Poutine. Deux « crises » contemporaines ont provoqué un débat qui recourt à l'éthique : 1) les « révolutions arabes » de 2011, qui visent le renversement de régimes autoritaires, mais juridiquement légitimes, ont suscité instantanément un fort soutien des médias et des populations européennes du fait de la « newsworthyness » de ces soulèvements (valeurs partagées) et de leur légitimité éthique (démocratie, droits de l'homme, émancipation des femmes). 2) La « crise morale » qui secoue l'Europe en 2015, face à l'irruption massive de demandeurs d'asile impose un « débat public » largement organisé par les médias. Mais, loin de faire l'unanimité, cette crise fait surgir des débats qui s'éloignent de la « solidarité » et du souci humanitaire, et déclenchent des réactions xénophobes ou identitaires qui s'opposent à l'éthique des premiers soutiens et semblent devoir imposer une nouvelle politique.
La relation entre éthique et débat public est aujourd’hui animée d’un double mouvement d’intégration. D’une part, la discussion sur les enjeux sociaux, qui prend essentiellement place en communication publique, est très fréquemment marquée par des préoccupations éthiques; d’autre part, en se déplaçant vers les pratiques sociales et en s’institutionnalisant, l’éthique s’inscrit de plus en plus dans un cadre communicationnel. L’éthique influe donc sur la communication et, à l’inverse, la communication influe sur l’éthique.
Si certains débats sont proprement de nature éthique (l’aide médicale à mourir, la procréation assistée, etc.), d’autres qui ne le sont pas intrinsèquement le deviennent au gré des interventions publiques qui leur adjoignent une incidence éthique (la vie sexuelle de personnalités publiques, certains comportements économiques et financiers, des productions artistiques faisant scandale, etc.). Pour paraphraser ce que dit Bernard Miège au sujet de la communication, on peut presque affirmer que la société a été conquise par l’éthique. En effet, presque toutes les activités humaines, qu’elles soient politiques, sociales, économiques, culturelles et mêmes sportives, peuvent susciter un questionnement éthique.
Par ailleurs, sans doute comme un effet en retour de cette inflation de l’éthique dans l’espace public, mais aussi en réponse à une demande sociale forte, l’éthique a cessé d’être un champ de réflexion réservé aux universitaires pour devenir une pratique sociale qui s’exerce dans un environnement communicationnel. Aujourd’hui, pour une part importante, les objets de la réflexion et de la pratique éthiques se déterminent en fonction du débat public et aussi de la communication publique, dans la mesure où on définit cette dernière comme l’ensemble des phénomènes relatifs à l’information portant sur les enjeux sociaux.
Le but de ce colloque est d’explorer les effets, pour l’une et pour l’autre, de cette imbrication de l’éthique et de la communication publique.