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Mariève Beauchemin : UQAM - Université du Québec à Montréal
L'usage de pornographie gaie chez les jeunes hommes non-exclusivement hétérosexuels (HNEH) est un sujet qui reste assez peu exploré empiriquement, malgré l'émergence récente de quelques articles abordant la question. Le sujet engendre toutefois des tensions polarisées au plan des arguments théoriques. Ainsi, on argumente aussi bien les fonctions particulières que pourrait avoir le médium sur les jeunes (et moins jeunes) usagers de pornographie gaie (Fejes et Petrich, 1993; Sherman, 1995; Dyer, 2005; Lucas, 2006) que les impacts négatifs qui pourraient découler de cet usage (Harris, 1997; Kendall, 1997; 1999; 2004). Sachant l'importance que peut avoir le contexte et l'usager dans l'interprétation de l'usage de pornographie gaie (Leap, 2011), il apparaît essentiel de se tourner vers les usagers pour évaluer si les arguments polarisés se concrétisent aussi dans leur réalité. L'objectif de cette communication est donc de présenter une partie des résultats d'EPUR (Étude sur la pornographie gaie : Usages et représentations chez les hommes québécois) concernant les représentations sociales et attitudes des usagers de pornographie gaie de 16 à 30 ans (n=474) en les comparant avec les discours théoriques les plus prégnants sur le sujet.
On assiste aujourd’hui à une prolifération jamais vue, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité et l’inclusion sociale. Il y est question d’orientation sexuelle, d’expression de genre, de séropositivité au VIH, de travail du sexe, de non-monogamie, d’agression sexuelle. Les sujets abordés sont tabous, et ceux qui les relatent s’exposent à l’opprobre et à la non-reconnaissance, que ce soit par la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Les histoires véhiculées participent ainsi à l’expansion d’un discours sur la justice sociale et la reconnaissance au moyen de cultures démocratiques, éthiques et pornographiques déterminées. Plusieurs auteurs confirment que ce discours s’inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des médias et des différentes formes d’intervention et d’action culturelle menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus donc, et à travers le récit au « je », s’exprime une parole collective qui articule non seulement une identité et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté d’action sociale. Émergent plusieurs « cultures du témoignage » qui impliquent des personnes témoins, d’autres qui sollicitent les témoignages, d’autres enfin qui les consomment, et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet, tant sur le plan de leur production que sur celui de leur réception.
Ce colloque de trois jours vise à mettre en commun des réflexions d’actualité issues des sciences sociales, des arts, de l’éducation, de la santé et du milieu sociocommunautaire. Il s’adresse aux personnes dont le travail, la recherche ou les études concernent les pratiques, les usages et les retombées du témoignage public comme stratégie d’intervention dans la société actuelle.
Titre du colloque :