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Les frontières du religieux et du séculier au prisme du public : deux études de cas de « conversion »

SB

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Samuel Blouin : Université de Montréal

Résumé de la communication

Dans cette communication, j'entreprends de réfléchir aux conditions épistémologiques et méthodologiques permettant aux chercheurs en sciences sociales d'étudier conjointement une variété de convictions morales. Alors que se développent les nonreligion studies, il apparaît nécessaire d'échapper à la dichotomie religieux/séculier qui condamne à travailler sur toutes les convictions à la lumière de l'analogie religieuse plutôt que de chercher à saisir ce qu'elles sont en propre, ce qui les distinguent et comment elles se déploient de façon similaire. Pour ce faire, je propose comme hypothèse de travail de considérer que la sécularisation aurait relégué la religion au statut de convictions parmi d'autres. Cette proposition invite à s'intéresser, au moins le temps de l'analyse, aux conditions sociologiques du maintien et du dépassement de la dichotomie entre le « religieux » et le « séculier », à l'heure où le religieux ne cesse d'être pris à partie dans des controverses publiques. À l'appui de deux études de cas de « conversions » célèbres, soit la conversion au catholicisme de Paul Claudel et le changement de sexe de Michelle Blanc, j'exposerai comment les concepts de valeurs et de public peuvent être employés pour problématiser la dichotomie. Je suggérerai finalement que le « religieux » et le « séculier » peuvent être appréhendés comme le résultat d'un processus de publicisation entretenant l'incommensurabilité de phénomènes sociologiques similaires, mais néanmoins différents.

Résumé du colloque

Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 10 mai 2016

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