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Emilie Audy : Institut national de la santé publique
Dans la foulée des accommodements raisonnables, de la Charte des valeurs et des débats sur la place de religieux dans la sphère publique québécoise, mon étude avait pour but de rendre compte de la place du religieux dans le soin de santé tel que dispensé et reçu. À l'appui d'une étude ethnographique des suivis postnataux à domicile sur un territoire montréalais, je montrerai que la rencontre entre des infirmières et des usagères appelle à la négociation des pratiques de soins. Toutefois, l'enjeu de ces négociations ne se limite pas à la place du religieux, mais inclut également des savoirs culturels, de croyances populaires, des traditions et des expériences de maternité que j'ai regroupées sous le nom de « culture profane » des usagères (en opposition à la culture professionnelle des infirmières). Je soutiendrai, dans cette présentation, que c'est principalement en modifiant leur rapport à la santé publique que les infirmières parviennent à négocier leur pratique. Je ferai la présentation d'une construction idéaltypique qui a permis de dégager cinq formes de négociation, à savoir la négociation par coopération, par compromis, par détachement, par adaptation typifiée et par coercition. Faire le récit de ces différentes formes de négociation permet d'expliquer la pratique infirmière au quotidien.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?
Titre du colloque :