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Jérôme Ravat : Université de Picardie Jules-Verne
Cette contribution vise à souligner le rôle fondamental de l'analogie dans les discordes éthiques à l'échelle publique. En éclairant ce qui est moins connu à la lumière de ce qui est plus connu, l'analogie structure la communication agonistique, constituant ainsi un puissant instrument de sensibilisation, de convergence des luttes et de démarcation des identités collectives. Nous prendrons appui notamment sur la philosophie pragmatiste (Dewey, Fesmire), les théories de l'argumentation (Perelman), la psychologie morale (Gibert), la psychologie cognitive et sociale (Hofstadter, Lakoff, Fiske), pour souligner en quoi l'analogie n'a pas pour simple fonction de représenter des situations éthiques, mais bien d'agir sur ces dernières en orientant les processus de justification qui sous-tendent les désaccords moraux et en guidant l'application des principes éthiques dans un contexte polémique. Cette place centrale dévolue à l'analogie a des conséquences décisives en matière d'éthique appliquée. L'évaluation critique des analogies morales constitue en effet une voie essentielle pour la régulation pragmatiquement orientée des désaccords moraux. Conjuguant analyses méta-éthiques, réflexion normative et investigations empiriques, cet examen critique permet de discerner, à partir de cas précis, ce que nous nommerons des « seuils de singularisation » dans la communication éthique, ouvrant la possibilité d'articuler de manière opératoire éthique descriptive et éthique normative.
La relation entre éthique et débat public est aujourd’hui animée d’un double mouvement d’intégration. D’une part, la discussion sur les enjeux sociaux, qui prend essentiellement place en communication publique, est très fréquemment marquée par des préoccupations éthiques; d’autre part, en se déplaçant vers les pratiques sociales et en s’institutionnalisant, l’éthique s’inscrit de plus en plus dans un cadre communicationnel. L’éthique influe donc sur la communication et, à l’inverse, la communication influe sur l’éthique.
Si certains débats sont proprement de nature éthique (l’aide médicale à mourir, la procréation assistée, etc.), d’autres qui ne le sont pas intrinsèquement le deviennent au gré des interventions publiques qui leur adjoignent une incidence éthique (la vie sexuelle de personnalités publiques, certains comportements économiques et financiers, des productions artistiques faisant scandale, etc.). Pour paraphraser ce que dit Bernard Miège au sujet de la communication, on peut presque affirmer que la société a été conquise par l’éthique. En effet, presque toutes les activités humaines, qu’elles soient politiques, sociales, économiques, culturelles et mêmes sportives, peuvent susciter un questionnement éthique.
Par ailleurs, sans doute comme un effet en retour de cette inflation de l’éthique dans l’espace public, mais aussi en réponse à une demande sociale forte, l’éthique a cessé d’être un champ de réflexion réservé aux universitaires pour devenir une pratique sociale qui s’exerce dans un environnement communicationnel. Aujourd’hui, pour une part importante, les objets de la réflexion et de la pratique éthiques se déterminent en fonction du débat public et aussi de la communication publique, dans la mesure où on définit cette dernière comme l’ensemble des phénomènes relatifs à l’information portant sur les enjeux sociaux.
Le but de ce colloque est d’explorer les effets, pour l’une et pour l’autre, de cette imbrication de l’éthique et de la communication publique.
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