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Géraldine Mossière : Université de Montréal
Quoique rapide et quelque peu brutal, le processus de sécularisation de la société québécoise qui s'est amorcé à la fin des années 1960 n'est pas achevé. Après les institutions de santé et le système scolaire, le retrait de l'Église catholique semble désormais affecter le milieu académique où la présence de certaines unités qui lui sont historiquement liées est débattue. Si cette réflexion quant à la place des lieux de production du savoir théologique dans le milieu universitaire touche leur forme administrative, elle englobe également des questions épistémologiques puisque théologie et sciences des religions s'y trouvent réunies pour dialoguer autour d'un même objet. D'où des réflexions sur la pertinence même de l'objet, et l'apparition d'objets en mouvance, inédits ou réactualisés. Fortes de leur développement dans le milieu anglo-saxon, les études dans le domaine de la spiritualité participent de ces avenues de revitalisation du champ de la religion au Québec, où elles reflètent la reconfiguration du religieux dans des institutions désormais sécularisées. Ici, nous voulons explorer les possibilités de réorganisation épistémologique qu'offre l'actuelle mutation du religieux vers le spirituel en nous focalisant sur le domaine de la santé. En examinant les conditions d'émergence de la profession d'intervenants en soins spirituels ainsi que la réactualisation de l'intersection entre santé et salut, nous offrons un exemple d'orientation porteuse des études sur le religieux.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?
Titre du colloque :