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Claire DUPUY : Sciences Po Grenoble - Institut d'études politiques de Grenoble
Cette communication porte sur la capacité des politiques de redevabilité à réorganiser les relations de pouvoir entre les organisations administratives situées à plusieurs échelons territoriaux. Centrée sur la comparaison de la mise en œuvre d'instruments de la politique de ‘pilotage par les résultats' dans trois administrations régionales de l'éducation en France, la communication s'intéresse non seulement aux ressources de l'Etat central sur lesquelles ces instruments reposent, mais aussi à leur capacité à effectivement guider les pratiques administratives régionales et, ainsi, à la manière dont ces dernières s'approprient ces instruments. La comparaison remet en cause l'idée d'un Etat central capable de coordonner les pratiques administratives régionales ‘du haut' et montre que si l'introduction d'une politique de redevabilité a accru le contrôle du centre sur les administrations régionales, c'est par la production de connaissances inédites sur leurs politiques.
Claire Dupuy, docteure de Sciences Po, a été recrutée à l'IEP de Grenoble sur un poste de maîtresse de conférences. Elle a obtenu son doctorat de science politique à Sciences Po et de sociologie à l'Université Milan-Bicocca en 2010. Empiriquement, Claire Dupuy travaille essentiellement sur les politiques d'éducation et les politiques de santé en France, en Allemagne et en Belgique.
La gestion axée sur les résultats (GAR) au Québec et le pilotage par les résultats en France sont des versions singulières des politiques de responsabilisation ou d’accountability, qui se développent depuis la fin du siècle dernier dans divers systèmes éducatifs. Elles visent par des voies et des pressions institutionnelles diverses à changer les pratiques des écoles et des enseignants pour les rendre plus « efficaces » et ainsi contribuer à réaliser les objectifs des politiques ministérielles, dont les buts sont souvent d’améliorer les taux de diplomation, les taux de réussite aux épreuves ministérielles, mais aussi de contribuer à réduire le décrochage scolaire.
Le colloque a pour ambition de mener une réflexion générale et un bilan de ces politiques dans les systèmes éducatifs européens et nord-américains : que sait-on sur les effets des politiques de responsabilisation sur les résultats scolaires? sur les enseignants? sur les organisations éducatives? Comment ces politiques sont-elles mises en œuvre par les autorités scolaires intermédiaires (commissions scolaires, académies)? Quelles significations ont-elles pour la gestion scolaire au sein des établissements? Comment ces transformations sont-elles introduites, imposées, ou négociées au cœur des organisations scolaires? Quels effets engendrent-elles sur le travail et l’autonomie professionnelle des enseignants?
La visée de ce colloque est donc de dresser un premier bilan et d’ouvrir un espace de discussion sur l’avenir de ces politiques en allant au-delà de l’opposition stérile entre les apologies institutionnelles excessivement confiantes et les dénonciations de principe.
Il s’appuie sur des résultats de recherche empiriques originales menées au Québec dans le cadre de la Chaire de recherche du Canada en politiques éducatives (Christian Maroy, Université de Montréal) et en France dans le cadre de l’Observatoire sociologique du changement (Agnès van Zanten, CNRS/ Sciences PO).