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Sandra Gabriele : Université Concordia
«Le plus vieux jeu du monde» est un outil journalistique de type jeux vidéo s'appuyant sur des témoignages de femmes qui travaillent dans différents secteurs de l'industrie du sexe au Canada. Notre recherche-création s'intéresse aux lois qui régissent la prostitution et notre posture penche en faveur de la décriminalisation du travail du sexe. Grâce à la mécanique du jeu, nous avons illustré l'impact de la récente réforme juridique (loi C-36) sur les travailleuses du sexe et ceux qui les entourent. Le newsgame explique l'actualité et encourage la participation des lecteurs/joueurs au débat public, et ce, sans être neutre. Il s'agit d'une expérience immersive, qui peut susciter l'empathie envers des sujets contentieux souvent rapportés de façon stigmatisante par les médias d'information conventionnels. Notre atelier explore les défis de l'utilisation des témoignages en tant que fondement de la conception d'un jeu. Nous aborderons le processus de conception lui-même, le public visé et les politiques de la représentation. Si la communication journalistique serait soi-disant neutre - la «vue de nulle part» (Rosen 2003), nous soutenons que la conception du jeu s'étant faite à partir d'une «vue de quelque part», nous avons dû affronter des objectifs et des vérités contradictoires. Nous concluons sur l'importance de réfléchir aux usages du témoignage en recherche-création et de concevoir que la nouvelle se fait toujours au nom de quelqu'un, quelque part.
On assiste aujourd’hui à une prolifération jamais vue, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité et l’inclusion sociale. Il y est question d’orientation sexuelle, d’expression de genre, de séropositivité au VIH, de travail du sexe, de non-monogamie, d’agression sexuelle. Les sujets abordés sont tabous, et ceux qui les relatent s’exposent à l’opprobre et à la non-reconnaissance, que ce soit par la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Les histoires véhiculées participent ainsi à l’expansion d’un discours sur la justice sociale et la reconnaissance au moyen de cultures démocratiques, éthiques et pornographiques déterminées. Plusieurs auteurs confirment que ce discours s’inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des médias et des différentes formes d’intervention et d’action culturelle menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus donc, et à travers le récit au « je », s’exprime une parole collective qui articule non seulement une identité et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté d’action sociale. Émergent plusieurs « cultures du témoignage » qui impliquent des personnes témoins, d’autres qui sollicitent les témoignages, d’autres enfin qui les consomment, et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet, tant sur le plan de leur production que sur celui de leur réception.
Ce colloque de trois jours vise à mettre en commun des réflexions d’actualité issues des sciences sociales, des arts, de l’éducation, de la santé et du milieu sociocommunautaire. Il s’adresse aux personnes dont le travail, la recherche ou les études concernent les pratiques, les usages et les retombées du témoignage public comme stratégie d’intervention dans la société actuelle.