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Marie Carrière : University of Alberta
Au confluent des genres, l'oeuvre de Louise Dupré aurait à la fois défini et élargi le champ de l'écriture féministe au Québec. Associée à une deuxième génération de poètes féministes par l'Anthologie de la poésie des femmes du Québec, Dupré appartient tant à ces féministes militantes de proue de La théorie un dimanche, qu'à ces auteures dites métaféministes (Saint-Martin 1992). Or, le métaféminisme de Dupré se démarque encore plus que la définition générationnelle de Saint-Martin. Toujours intimiste comme dans L'album multicolore, la perspective sur le monde se veut aussi planétaire, comme le laissent voir l'essai « L'événement » et le regard du présent sur les désastres de l'histoire de Plus haut que les flammes. À partir des postures au féminin du nouveau millénaire de Dupré surgissent une réflexion et une poétique sur la vulnérabilité, celle de soi et de l'autre, de la mère et de la fille, et d'un millénaire épris d'un sentiment de catastrophe – la vulnérabilité comme fondement d'une éthique nécessaire du care. En soi une pensée métaféministe, le care d'abord théorisé par Gilligan (1982), a été repris par les travaux contemporains (Laugier, Nurock, Tronto) cherchant à le « politiciser », le « désentimentaliser » et le « dé-genrer » (Bourgault et Perrault). Le care, ancré dans une vulnérabilité à assumer, viendrait-il resignifier la poétique au féminin de Dupré? Composerait-il une éthique pour un nouveau féminisme qui se doit être, pour dire avec Nicole Brossard, de notre temps ?
Ce colloque s’attache aux représentations de la vulnérabilité dans des textes de femmes d’expression française du tournant du siècle pour penser les formes et figures données à la précarité et à la catastrophe, et à la charge politique ou esthétique de ces représentations dès lors qu’elles sont vecteur de transformation. Catastrophe et précarité sont ici deux versants d’un même bouleversement ou d’une même dégradation pouvant s’inscrire dans un rapport de causalité et de complémentarité ou de concurrence et d’opposition. Elles évoquent une violence fondamentale, originelle ou fondatrice, ponctuelle ou systémique ainsi qu’une blessure accidentelle ou intrinsèque qui finissent par devenir les marques d’une posture appelant à des reconfigurations de la subjectivité et de la communauté. Loin de tout essentialisme, la vulnérabilité s’entend au sens d’une condition sociale et politique, voire philosophique et esthétique qui « implique la vie sociale, c’est-à-dire le fait que la vie de quelqu’un est toujours en quelque sorte aux mains d’autrui » (Butler, 2010). De même, la catastrophe comme cataclysme se déploie dans l’horizon d’un anéantissement qui viendrait violemment remettre en question la permanence des structures, des subjectivités et des représentations.
Les réflexions féministes et littéraires sont les perspectives privilégiées par lesquelles les modalités de la mise en discours de la catastrophe et de la précarité seront analysées, autant dans leurs représentations que dans leurs remémorations lorsque l’événement ou l’expérience s’inscrivent dans le passé ou la durée. Seront envisagées des formes variées de la vulnérabilité, de la violence événementielle ou systémique jusqu’aux enjeux littéraires du care (sollicitude), en passant par l’émergence particulière du féminin, les postures de contestation ou d’affirmation, les mécanismes de révolte ou de résistance, voire la violence des sujettes qui précipitent la catastrophe, les postures de résistance se jouant de la précarité.