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Jonathan Lamy Beaupré : Inter, art actuel
Plusieurs pratiques amérindiennes récentes convergent vers un même but : s'affirmer. On peut distinguer trois stratégies d'affirmation de l'amérindianité. La première relève de la contestation. Il s'agit de critiquer le discours qui donne une image erronée des Premières Nations, comme le fait Louis-Karl Picard-Sioui dans ses performances et ses textes, ou encore de s'en prendre, de manière à la fois violente et humoristique, au colonialisme de manière plus générale. La deuxième stratégie passe par l'autoreprésentation. Elle consiste à produire son propre portrait de l'amérindianité, sans qu'il y ait nécessairement une critique explicite du discours colonial. À la fois celui d'un individu et d'une culture, ce portrait se veut positif et réaliste, tel qu'on peut l'observer dans de nombreux textes, films et œuvres visuelles. La troisième stratégie se tourne quant à elle vers l'avenir et les prochaines générations, plaidant pour l'espoir. Dans leurs textes, Moe Clark et Natasha Kanapé Fontaine lancent un appel pour protection de la terre et pour la possibilité d'exister en tant qu'êtres humains souverains. Avec son ambitieux projet TimeTraveller, Skawennati nous fait voyager dans le passé et le futur des Premières Nations. Ses courts-métrages d'animation numérique réécrivant l'histoire et inventent un avenir où l'affirmation autochtone atteindra une ampleur phénoménale.
Les expressions autochtones contemporaines se caractérisent aujourd’hui par un décloisonnement des catégories artistiques et épistémologiques ainsi que par des expériences d’intermédialité et d’interdisciplinarité, qui reflètent à la fois le remodelage et le désir manifeste d’affirmer la parole autochtone. L’établissement de ponts entre les langages littéraires, artistiques et cinématographiques puise en outre dans la mémoire de certaines expressions traditionnelles telles que la harangue, la narrativité mythologique et l’articulation entre l’oralité et la performativité de certains rituels. Ces reconfigurations artistiques et littéraires, de même que le brouillage de catégories comme l’art et l’artisanat, et l’usage de technologies récentes mènent les créateurs vers de nouveaux points de rencontre disciplinaires et culturels, ouvrant ainsi la voie à des modes d’intervention et à des perceptions, des savoirs et des savoir-faire que l’on voudrait, entre autres, reconnus dans l’espace de la majorité.
Le thème du colloque permettra d'examiner la problématique de ces transferts ou reconfigurations disciplinaires, d’analyser des productions partagées entre différents modes d’expression et de mettre en question les cadres et les transformations des médiums. Il permettra également de s’interroger sur les clivages linguistiques qui ont marqué les cultures autochtones depuis l’adoption de l’écriture et des langues coloniales, ainsi que sur les carences de communication qui caractérisent aujourd’hui les groupes francophones et anglophones.