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Janine Barbot : INSERM - Institut national de la santé et de la recherche médicale
En France, tout au long du 19ième siècle, les médecins attaqués devant les tribunaux mettaient en avant, pour leur défense, la thèse de l'irresponsabilité médicale absolue. Selon cette thèse, en dehors des fautes intentionnelles, la conduite d'un médecin dans l'exercice de son art ne pouvait pas être appréciée devant les tribunaux ordinaires. C'est un « mandat illimité » que la société devait lui accorder au lit du malade. Et ce, dans l'intérêt de tous. Cette contribution porte sur les débats qui ont accompagné la remise en cause de cette irresponsabilité médicale, et qui ont abouti, au début du 20ième siècle, à la reconnaissance de l'existence d'un « contrat » entre le médecin et son patient. Ces débats ne sont pas de pure technique juridique, ils opposent différentes conceptions de la relation médecin/malade, différentes manières de penser le statut du patient dans les soins, et le rôle du droit dans la régulation des activités médicales. Cette contribution s'appuie sur l'examen des traités médicaux et juridiques publiés pendant cette période.
Loin de se réduire à un simple colloque singulier entre le médecin et son patient, les questions de santé et de maladie impliquent une pluralité d’acteurs engagés dans des relations multiples. Des interactions au sein d’une équipe de soins au dialogue entre un malade et ses proches, en passant par les relations entre un patient et son infirmière, son ostéopathe ou son pharmacien, les rapports entre médecins généralistes et médecins spécialistes ou encore les liens des professionnels de santé à l’administration ou au gouvernement, le monde de la santé est tissé d’une multitude de liens aux formes variées et parfois inattendues. Encore trop rarement traités en tant que tels par l’histoire de la santé, ils en constituent pourtant le cœur vivant puisqu’ils incarnent l’expérience même du soin.
C’est pour combler ce vide historiographique que ce colloque entend se pencher sur l’histoire contemporaine des relations qui traversent, modèlent et déterminent le champ de la santé physique autant que mentale. Tout en explorant leur pluralité et leur diversité dans le monde francophone, cette rencontre se voudra une occasion d’affirmer les relations de santé comme un objet historique à part entière. Du développement des différentes professions de soins à l’émergence et à la prolifération des sciences et technologies médicales, en passant par la médicalisation des consciences et des territoires, la normalisation déontologique et légale des cadres du soin, l’affirmation du patient comme acteur et agent de sa santé ou la transformation des rapports entre santé et société, l’étude historique des relations de santé au cours des 19e et 20e siècles nous offrira l’occasion d’aborder de manière originale l’histoire contemporaine de la santé, tout en participant à l’éclairage, aujourd’hui nécessaire, des fondements historiques et épistémologiques de notre rapport actuel, parfois éminemment conflictuel, à la santé et à ses professionnels.
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