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Sara Teinturier : Université de Sherbrooke
Depuis les années 1990, la bande dessinée francophone connaît une nouvelle vague de créativité et de production. Parmi la publication annuelle de plusieurs milliers d'ouvrages, le religieux dans ses différentes dimensions est présent à divers titres : satire (Sœur Marie-Thérèse des Batignolles, Odilon Verjus), ésotérisme (Le Triangle Secret, Le Décalogue), « BD chrétienne » (Le Messie, Mère Teresa de Calcutta), BD historique (Murena, Je suis cathare), BD documentaire (Salomé et les hommes en noir, Les Mauvaises Gens)… Lorsque le catholicisme est mis en scène, une figure plus particulière se détache : celle du prêtre ou du / de la religieux.se. À travers un échantillon d'environ soixante ouvrages québécois, français et belges, choisis compte tenu de leur caractère « grand public » et profane, cette communication s'interroge sur les représentations des clercs et religieux.ses dans trois sociétés contemporaines en situation d'exculturation du catholicisme. L'image du clerc / religieux.se révèle, à ce titre, quelques surprises. Parfois doté d'une personnalité complexe, à l'instar des héros contemporains aux trajectoires composites où l'autonomie des choix l'emporte sur les destins tracés, le clerc ou religieux expérimente avant d'appartenir à une institution ; il s'engage et milite, parfois loin des sentiers battus ; il s'interroge sur son orientation sexuelle. Situations communes ? Sa posture n'est pour autant pas nécessairement banalisée.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?
Titre du colloque :