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Sandrine Roginsky : Université catholique de Louvain
La recherche que nous menons depuis 2009 sur l'usage des réseaux socionumériques par les députés européens nous a amenée à diversifier les méthodes de collecte et d'analyse de données. À l'observation participante des premiers temps s'est ajoutée la conduite d'entretiens semi-directifs, ainsi que la collecte de données en ligne. Chaque dispositif méthodologique a nécessité de développer des grilles d'analyses appropriées qu'il a fallu articuler et combiner. Nous souhaitons ici revenir sur ces différentes étapes et la variété des points de vue qu'elles permettent pour appréhender l'objet de recherche dans sa complexité. En effet, il semble important de ne pas se focaliser uniquement sur les données que nous donnent à voir les réseaux socionumériques, mais de s'intéresser également aux acteurs derrière les données et aux contextes, à la fois en ligne et hors ligne, dans lesquels ceux-ci évoluent (Roginsky, 2014). Ces éléments permettent d'ailleurs d'interpréter les données collectées en ligne au plus près des représentations que s'en font les acteurs et donc des significations d'usages qui sont les leurs. Nous nous appuierons pour illustrer nos propos sur les différents types de données collectées au cours de notre recherche, avec une attention particulière portée à la constitution et la nature de notre corpus. Notre présentation intègre également une réflexion sur l'apport de l'approche sociotechnique (Coutant, 2015) et l'ouverture à l'interdisciplinarité.
En collaboration avec le LabCMO et la Chaire de recherche UQAM sur les usages des technologies numériques et les mutations de la communication, ce colloque vise à réunir des chercheurs francophones issus de diverses institutions afin de tenir un dialogue fécond sur les processus méthodologiques de la recherche sur les usages d’Internet et des technologies numériques.
Avec les développements récents d’Internet et l’adoption massive des technologies numériques, les chercheurs en sciences sociales ont dû innover et développer des méthodes de collecte et d’analyse permettant de saisir des phénomènes en émergence (Barats et al., 2013). Certaines méthodes classiques comme l’ethnographie ont été adaptées aux objets de recherche numériques (Hine, 2000; 2015). D’autres ont émergé en tant que méthodes spécifiques, comme l’analyse algorithmique de gigantesques ensembles de données (big data) (DeLyser et Sui, 2013) et les méthodes numériques (digital methods) (Rogers, 2013). Ces dernières années, plusieurs colloques et de nombreuses publications scientifiques ont porté sur les enjeux liés à l’étude d’Internet et des technologies numériques, notamment en ce qui a trait à l’éthique de la recherche (Thoër et al., 2012; Latzko-Toth et Pastinelli, 2014), à l’épistémologie (Crawford et al., 2014; Boyd et Crawford, 2012) et aux effets culturels et politiques (Fuchs et al., 2013).
Ainsi, du design de la stratégie méthodologique jusqu’à la finalisation des analyses en passant par l’opérationnalisation des concepts, comment la recherche en sciences sociales, notamment en communication, s’adapte-t-elle à l’étude d’Internet et des usages des technologies numériques? Comment justifier la constitution d’un échantillon ou d’un corpus? À l’aune de quels critères établir la validité de nos données? De quelles manières les outils d’analyse sont-ils sélectionnés et quels en sont les biais inhérents? Ce colloque représente une occasion, d’une part, de recenser les différentes stratégies et outils méthodologiques utilisés afin d’étudier les usages d’Internet et des technologies numériques et, d’autre part, de réfléchir et de critiquer nos démarches de recherche en vue de les améliorer.
Thème du colloque :