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Gabrielle Marcoux : Université de Montréal
Dans sa série de photographies Delegates: Chiefs of the Earth and Sky, l'artiste de la nation Haisla Arthur Renwick s'attaque à l'histoire et à la situation législative actuelle d'un territoire du Dakota du Sud, cédé sous la contrainte au gouvernement américain par des nations autochtones lors de la signature du traité du Fort Laramie en 1868. L'artiste, qui perfore ses paysages d'éléments typographiques du langage législatif, affirme s'être inspiré de l'ouvrage Bury My Heart at Wounded Knee de Dee Brown, construit à partir de témoignages oraux d'individus autochtones. Renwick exprime la tension entre l'oralité – mode traditionnel de conceptualisation du territoire chez les nations autochtones – et l'écriture – source d'autorité et symbole de civilisation dans le système euro-américain dominant. En plus de proposer une riposte visuelle à cette dynamique hégémonique entre deux modes d'idéation, le photographe soulève le fait que la région illustrée est gérée par un traité dont la légitimité et l'intégrité sont ébranlées par de nombreux penseurs autochtones et allochtones. Le discours législatif de l'Autre, rédigé en Anglais et appliqué de façon aléatoire, dicte à ce jour la relation des nations concernées à leurs terres ancestrales, et vient chez Renwick ciseler le paysage. Dans une visée de décolonisation, le photographe revisite, par le biais des images, ce chapitre de l'histoire dans lequel les mots ont servi d'armes de colonisation et de bâillon des nations autochtones.
Les expressions autochtones contemporaines se caractérisent aujourd’hui par un décloisonnement des catégories artistiques et épistémologiques ainsi que par des expériences d’intermédialité et d’interdisciplinarité, qui reflètent à la fois le remodelage et le désir manifeste d’affirmer la parole autochtone. L’établissement de ponts entre les langages littéraires, artistiques et cinématographiques puise en outre dans la mémoire de certaines expressions traditionnelles telles que la harangue, la narrativité mythologique et l’articulation entre l’oralité et la performativité de certains rituels. Ces reconfigurations artistiques et littéraires, de même que le brouillage de catégories comme l’art et l’artisanat, et l’usage de technologies récentes mènent les créateurs vers de nouveaux points de rencontre disciplinaires et culturels, ouvrant ainsi la voie à des modes d’intervention et à des perceptions, des savoirs et des savoir-faire que l’on voudrait, entre autres, reconnus dans l’espace de la majorité.
Le thème du colloque permettra d'examiner la problématique de ces transferts ou reconfigurations disciplinaires, d’analyser des productions partagées entre différents modes d’expression et de mettre en question les cadres et les transformations des médiums. Il permettra également de s’interroger sur les clivages linguistiques qui ont marqué les cultures autochtones depuis l’adoption de l’écriture et des langues coloniales, ainsi que sur les carences de communication qui caractérisent aujourd’hui les groupes francophones et anglophones.