Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Marina Schwimmer
Dans Le maître ignorant, cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle, Jacques Rancière renverse l'idée selon laquelle l'école, dans sa visée démocratique, doit participer à l'égalité des chances des élèves. Pour respecter la dignité humaine de tout individu, peu importe son origine sociale ou culturelle, l'égalité doit être conçue, nous dit Rancière, comme un point de départ et non comme une destination. Selon Rancière, « l'égalité des intelligences est le lien commun du genre humain» et, pour s'émanciper, chaque individu devrait avoir la possibilité d'en faire l'expérience. Or, les enseignants « savants » auraient plutôt tendance à « abrutir » les élèves en supposant que ces derniers dépendent de leur médiation pédagogique pour développer leur intelligence. Cela ne veut pas dire pour autant que l'école ou l'enseignant n'ont pas de rôle à jouer dans cette émancipation. Les travaux de Rancière sur l'expérience du spectateur d'art (2008) ainsi que ses travaux sur la démocratie comme égalité (1987; 2005) permettent de réfléchir au rôle de l'école et de l'enseignant dans une éducation émancipatrice. Ils permettent, en outre, d'interroger la figure de l'enseignant professionnel contemporain présentée dans le programme de formation de l'école québécoise (MELS, 2006). Des thèmes tels que la différenciation pédagogique et l'approche par compétences sont ici abordés.
Éduquer, former dans un monde problématique, dans une société en quête de sens et de repères, est particulièrement complexe, car cela exige à la fois d’exercer sa capacité éthique (Ricoeur, 2001; 1991), de ne pas laisser s’imposer un régime de vérité(s) (Bourgeault, 2012), de ne pas laisser chacun à sa ou ses vérités (Reboul, 1999) et de ne pas laisser dans l’ignorance (T. De Koninck, 2000; Leroux, 2012), etc. Dit autrement, cela exige de nous interroger sur l’enseignement véritable, soit l’enseignement à la vérité qui libère par la liberté (Reboul, 1977, p. 95).
Or, pour libérer, la neutralité de l’enseignement n’est pas une solution mais une abdication à éduquer, à former. En fait, renoncer à éduquer pour ne pas influencer revient à abandonner les enfants aux influences les moins contrôlables (Idem, p. 64). À ce propos, T. De Koninck (2010) en appelle à la transmission de la culture pour vaincre la nouvelle ignorance. Il recourt également à la valeur absolue de la personne, sa dignité. La reconnaissance mutuelle de la dignité de tous les membres de la famille humaine, sans exception, pour paraphraser le philosophe, représente la fin et le repère de l’enseignement véritable. Il s’agit du rempart premier contre l’intimidation, le harcèlement, la discrimination, l’endoctrinement, la radicalisation, l’indifférence.
Nombre de chercheurs (en éducation, en philosophie morale et politique, en sociologie, en sciences cognitives, etc.) apportent des pistes de réflexions et proposent des approches philosophiques, théoriques et pédagogiques qui peuvent nous inspirer. Le présent colloque vise à présenter certaines de ces réflexions et approches pour que l’école élève vers un respect plus effectif de la dignité humaine, pour que cette valeur phare pénètre davantage les consciences (T. De Koninck, 2010).