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Carlo Prévil : UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Haïti interpelle souvent de manière paradoxale autant par ses crises environnementales que par l'acuité de ses problématiques démocratiques. Les transformations de territoires à risques environnementaux découlent souvent de stratégies d'acteurs. La perspective critique permet de mieux saisir l'interdépendance des dimensions écologiques par rapport aux enjeux démocratiques de ces crises. Il s'agit de s'interroger autant sur le référentiel d'information de ces acteurs que sur la base de leur motivation.
Les lieux sont investis par différents acteurs sociaux qui participent à la construction de leur sens du lieu par leurs projets. L'éducation géographique en aidant à développer une compréhension des stratégies d'appropriation du bassin de vie débouche sur une réflexion sur la participation et l'engagement social jusqu'à l'empowerment. Elle aide à élaborer, individuellement ou collectivement, des stratégies efficaces pour réduire la vulnérabilité et finalement pour mieux protéger les populations à risques. En adoptant l'axe des perspectives critiques sociales et environnementales, nous réévaluons les approches de production et de transmission des savoirs sur le milieu pour qu'elles soient davantage axées sur l'harmonisation des rapports à soi, à l'autre et autant à l'environnement comme bassin de vie.
L'éducation géographique transformatoire permet de mieux s'ouvrir à la participation et la pratique démocratique dans une démarche de gouvernance environnementale et territoriale.
Les enjeux de la démocratie et de l’éducation sont multiples, complexes, et sont cruciaux pour les sociétés. Ils sont à la fois d’ordres éthique, politique, historique, social, environnemental, économique, géographique, culturel, éducatif et pédagogique. Ils se fondent sur des valeurs d’égalité en droits, de justice sociale, de diversité, d’inclusion, de solidarité, d’équité, de paix et de bien-vivre-ensemble. Ils visent à déconstruire les problématiques socio-environnementales qui découlent des dynamiques systémiques de racismes, discriminations, marginalisation, exclusion, violences, logiques extractives et vulnérabilités multiples. L’alphabétisation politique constitue l’une des facettes de l’articulation entre la démocratie et l’éducation. L’analphabétisme politique donne lieu à une « démocratie mince » réduite à sa seule dimension normative basée sur des modalités électorales. L’éducation « transformatoire », dont le moteur est interne aux collectivités et individus concernés, constitue une seconde facette de leur articulation. Elle suppose un engagement critique dans l’exercice d’une « démocratie ample » qui conduit à la transformation des réalités socio-environnementales oppressives. L’éducation non transformatoire est semblable à l’« éducation bancaire » que dénonce Freire, parce qu’elle contribue à maintenir, renforcer et reproduire les dynamiques systémiques oppressives.
Contrairement aux évidences, l’articulation entre la démocratie et l’éducation n’est pas toujours évidente en éducation. La question se pose alors : où, quand et comment se fait cette nécessaire articulation? Depuis 2012, la recherche Démocratie, alphabétisation politique et éducation transformatoire a permis d’étudier les perceptions, expériences et pratiques d’acteurs socioéducatifs au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. Avec le Global Doing Democracy Research Project dans 12 pays, plus de 5 000 personnes y ont participé. En dépit des contextes différents, des tendances communes se dégagent, notamment par le prisme du néolibéralisme, l’expérience d’une « démocratie mince », la perception de la nature antidémocratique de l’école, l’inconfort face aux questions sociales vives, le déni du rôle des enseignants dans la démocratie. Les données de recherche ont été présentées dans plusieurs congrès nationaux et internationaux, et ont été publiées en anglais.
Autour des enjeux de la démocratie et de l’éducation, le colloque réunit divers acteurs socioéducatifs pour partager leurs réflexions, recherches ou praxis, en français, à partir de diverses perspectives critiques, selon quatre axes thématiques :
1) Des perspectives critiques politiques, historiques ou institutionnelles;
2) Des perspectives critiques éducatives, scolaires;
3) Des perspectives critiques sociales et environnementales;
4) Des perspectives critiques « alter-natives » (ou nées dans d’autres épistémologies) telles que le féminisme, l’indigénisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme.
Thème du colloque :