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Alexandre Coutant : UQAM - Université du Québec à Montréal
Entreprendre une recherche sur les usages place le chercheur face à de nombreux choix difficiles sur le plan des dimensions à analyser et des matériaux à accumuler. La complexité des phénomènes sociotechniques rend effectivement délicat de circonscrire le terrain concerné (Jouët, Le Caroff, 2013). Leur évolution rapide, fruit d'une équivocité intrinsèque des dispositifs développés (Weick, 1990) désormais exploitée dans leur conception même (Latzko-Toth, 2014), rend suspecte toute tentative de généralisation. Face à ces défis, de nombreux bilans soulignent le risque de s'en tenir à des descriptions sans portée théorique ou de théorisation déconnectée des faits empiriques (Jouët, 2000 ; Denouël, Granjon, 2011 ; Vidal, 2012). Pour autant, les nombreux courants s'intéressant aux phénomènes techniques en société ne dialoguent pas naturellement tant leurs choix de cadrages théorique et méthodologique peuvent paraître a priori éloignés. Le chercheur sensible à ces différentes approches peut alors peiner à mettre en place un protocole d'enquête intégrant ces angles complémentaires. Pour répondre à ces enjeux, de nombreux programmes ambitieux de recherche ont été élaborés (Granjon, 2004 ; Jauréguiberry, Proulx, 2011 ; Jouët, 1993 ; Vitalis, 1994), mais leur exigence ne les rend pas nécessairement aisés à appliquer. Cette contribution propose une tentative de mise en place d'un cadre épistémologique de recherche sur les usages au sein duquel situer son apport.
En collaboration avec le LabCMO et la Chaire de recherche UQAM sur les usages des technologies numériques et les mutations de la communication, ce colloque vise à réunir des chercheurs francophones issus de diverses institutions afin de tenir un dialogue fécond sur les processus méthodologiques de la recherche sur les usages d’Internet et des technologies numériques.
Avec les développements récents d’Internet et l’adoption massive des technologies numériques, les chercheurs en sciences sociales ont dû innover et développer des méthodes de collecte et d’analyse permettant de saisir des phénomènes en émergence (Barats et al., 2013). Certaines méthodes classiques comme l’ethnographie ont été adaptées aux objets de recherche numériques (Hine, 2000; 2015). D’autres ont émergé en tant que méthodes spécifiques, comme l’analyse algorithmique de gigantesques ensembles de données (big data) (DeLyser et Sui, 2013) et les méthodes numériques (digital methods) (Rogers, 2013). Ces dernières années, plusieurs colloques et de nombreuses publications scientifiques ont porté sur les enjeux liés à l’étude d’Internet et des technologies numériques, notamment en ce qui a trait à l’éthique de la recherche (Thoër et al., 2012; Latzko-Toth et Pastinelli, 2014), à l’épistémologie (Crawford et al., 2014; Boyd et Crawford, 2012) et aux effets culturels et politiques (Fuchs et al., 2013).
Ainsi, du design de la stratégie méthodologique jusqu’à la finalisation des analyses en passant par l’opérationnalisation des concepts, comment la recherche en sciences sociales, notamment en communication, s’adapte-t-elle à l’étude d’Internet et des usages des technologies numériques? Comment justifier la constitution d’un échantillon ou d’un corpus? À l’aune de quels critères établir la validité de nos données? De quelles manières les outils d’analyse sont-ils sélectionnés et quels en sont les biais inhérents? Ce colloque représente une occasion, d’une part, de recenser les différentes stratégies et outils méthodologiques utilisés afin d’étudier les usages d’Internet et des technologies numériques et, d’autre part, de réfléchir et de critiquer nos démarches de recherche en vue de les améliorer.
Titre du colloque :