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Jean-Francois Lacombe : UQO - Université du Québec en Outaouais
Depuis un certain temps, je m'attarde à la révélation des espaces résiduels urbains (friches, zones limitrophes entre le public et le privé, lots vacants, terrain vague, ruines industrielles, etc.)(Lacroix 2008). Ces lieux, malgré leur connotation négative ou leur condition d'espaces liminaire, participent néanmoins à l'identité de la ville. Ce sont des zones qui offrent une dilatation des usages et fonctions urbaines normalisés et de ce fait, sont des lieux privilégiés pour catalyser des modalités d'occupation différentes au sein de la trame urbaine.
Ma proposition de communication consiste à partager ce que j'ai saisi au fil de mes interventions et recherches, soit l'image représentée (Tisseron 1997) et les sensorialités engagées (Le Breton 2001) par ces espaces résiduels. Abordant ainsi autant l'effet de ces lieux que leur représentation physique, il s'agit de considérer ces lieux comme un ensemble plus ou moins homogène et non pas de s'attarder à un lieu spécifique. Car fondamentalement, ce sont ces types d'espaces et les valeurs, impressions et atmosphères qu'ils véhiculent qui nous intéressent ici, et qui ont modelé mon parcours de chercheur créateur. Ces qualités du lieu, qui sont incarnées dans une matérialité saisissable (Norberg-Schulz 1997), seront pertinentes à questionner. D'une part pour en dresser un portrait, mais surtout pour en comprendre l'effet magnétique qu'ils exercent sur nous (Bachelard 1992).
Ce colloque interdisciplinaire en recherche-création propose de rassembler chercheurs et créateurs en littérature et en arts pour réfléchir à ce que représente le terrain vague dans l’imaginaire contemporain. Espace interlope à la mémoire souvent stratifiée, le terrain vague peut être vu comme un espace-temps transitoire vers une réinvention et une réappropriation. Également symbole d’une vacance, ce waste land ou no man's land peut aussi avoir une fonction salvatrice, à la fois jachère nécessaire et lieu de réappropriation du pouvoir citoyen. Il peut en ce sens susciter des intérêts politiques ou financiers : les promoteurs voient en lui un potentiel à développer, ce qui explique peut-être sa raréfaction au sein des villes. Ces rapports de pouvoir ne sont pourtant pas le seul avenir envisageable : cet espace liminaire, source de liberté et d’inventivité, demande à être déchiffré symboliquement autant qu’à être défriché matériellement; son caractère marginal fait de lui une matrice à nouvelles idées et nouveaux regards sur le monde. À cet égard, il peut offrir l’image de la disposition mentale que nécessitent tant la recherche que la création. Il peut alors conserver son statut de terrain vague et indéfini de façon plus pérenne, être valorisé comme tel et se laisser apprivoiser et réinventer par des actions communautaires ou esthétiques.
Quelques pistes de réflexion (non exhaustives) : où (sur le plan autant spatial que métaphorique) se situe le terrain vague? Comment s’intègre-t-il (ou non) dans un périmètre plus large? À quelles figures donne-t-il naissance? Par qui et comment est-il investi, dans les faits et dans l’imaginaire? Quels enjeux éthiques ou esthétiques pose-t-il? Quels rapports de force ou quelles relations se nouent autour du terrain vague? Quels genres de poétiques engendre-t-il? Quels genres littéraires ou langages esthétiques l’investissent? Comment explorer les strates mémorielles et les processus de sédimentation de ce genre d’espace?
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