Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Pierre Canisius Kamanzi : Université de Montréal
La démocratisation de l'enseignement supérieur amorcée au Québec dans les années 1960 a conduit à l'université de masse marquée par l'hétérogénéité sociale des étudiants et des parcours. Cette massification est issue de la politique d'égalité des chances, mise en place après la Commission Parent, qui devait mettre fin à la discrimination et à la ségrégation selon le genre, l'origine sociale et ethnoculturelle, ou l'âge. L'hétérogénéité sociale dans les universités s'est aussi traduite, à partir des années 1980, par la présence accrue d'étudiants de minorités ethnoculturelles issues de familles immigrantes plus nombreuses et plus diversifiées. Cette hétérogénéité est aussi le résultat de l'assouplissement des conditions d'admission qui a favorisé l'individualisation et l'hétérogénéité des cheminements aux études supérieures, y compris à l'université. Si l'admission à l'université était jadis conditionnelle à un diplôme du collège classique, et que le cheminement du secondaire à l'université était linéaire, ce cheminement prend maintenant plusieurs trajectoires s'appuyant sur diverses formations antérieures. Notre communication vise à décrire la morphologie des parcours conduisant aux études universitaires et à examiner dans quelle mesure elle est liée aux caractéristiques sociodémographiques des étudiants, particulièrement l'origine ethnoculturelle. Pour ce faire, nous nous appuyons sur une analyse de données récentes tirées des fichiers administratifs du ministère de l'Éducation.
Les années 1960 ont été caractérisées par une transformation importante de l’enseignement supérieur et universitaire : massification de l’éducation, expansion des universités et création de nouveaux établissements. Depuis quelques années, une nouvelle phase de mutations en cours se répercute sur la mission de l’enseignement supérieur, ses orientations, son rôle social et les ressources qui lui sont consacrées. Tous ces aspects sont l’objet de nombreux débats. Au Québec, le Printemps érable a constitué un point culminant à cet égard. De nombreuses inquiétudes sont présentes : sous-financement, accès réduit aux études, orientation de l’université, soumission trop grande aux impératifs économiques, incapacité à réduire les inégalités sociales et scolaires, etc. Dans un tel contexte, il est impératif de réfléchir sur la situation de l’enseignement supérieur, de mieux comprendre les mutations en cours et d’en saisir la genèse.
Certaines mutations, d’ordre politique ou institutionnel, sont largement conditionnées par la transformation des politiques publiques (introduction du nouveau management public, des politiques de la réussite, de nouveaux modes de gouvernance et de nouveaux modes d’attribution des ressources économiques). À cet égard, il paraît essentiel de s’intéresser à l’articulation entre les politiques publiques et les modes d’intervention des différents acteurs afin de dégager le sens et la nature des changements réalisés.
D’autres transformations tiennent à la composition sociale de la population étudiante, à la transformation de l’expérience éducative ainsi qu’à la multiplication et à la diversification des parcours éducatifs. On constate que la massification de l’éducation n’a pas mené à l’élimination des inégalités scolaires, mais à leur recomposition. L’analyse historique et longitudinale de ces mutations ouvre une voie originale pour mieux les comprendre.
Il y a aussi un grand intérêt à examiner, autant que faire se peut, les articulations entre les mutations institutionnelles et la différenciation des parcours. Comment les politiques influent-elles sur les parcours et sur l’expérience des étudiants? Comment les parcours scolaires ont-ils conduit à des transformations de l’institution universitaire?
Notre objectif est de nous interroger sur ces processus, par une analyse portant à la fois sur la formation et la transformation du champ moderne de l’enseignement supérieur au Québec et au Canada. Il s’agira de dégager les diverses formes d’inégalités sociales et scolaires, en particulier les inégalités de parcours, en tenant compte de l’évolution du champ de l’enseignement supérieur afin de saisir les interactions entre les décisions et les mécanismes mis en œuvre à l’échelle politique et institutionnelle, d’une part, et les expériences scolaires des étudiants, d’autre part.
Titre du colloque :
Thème du colloque :