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Mireille Fournier : Université McGill
J'explore deux caractéristiques du droit comme mode d'existence selon Latour : la capacité du droit à proliférer de nouvelles énonciations (interprétations, règles) par un processus de retour aux sources, et la forme tautologique du droit. C'est à dire que selon Latour, le droit est identique à ses propres conditions d'énonciation. Je tenterai donc de saisir les mutations possibles des conditions d'énonciation du droit. Si, justement, la déception face à ce que Droit, Religion et Politique peuvent accomplir en réponse à Gaia remet en cause les conditions actuelles de l'énonciation du droit, peut-on envisager un droit de la terre qui se propage autrement? À cet égard, la tautologie juridique nous enferme et libère à la fois, puisque le droit ne peut pas être autre que le droit mais au même devient le droit en étant autre. Toutefois, je ne cède pas à la tentation Schmittiènne de détecter un état d'exception pour reformatter les jurimorphes. Je concède le rapport entre droit et sources du droit. Le droit peut se ressourcer par une révolution de communication.
Dire que Bruno Latour est l’un des penseurs contemporains les plus influents relève de l’euphémisme. Récipiendaire du prix Holberg en 2013, sacré « Hegel de notre temps » par Le Monde des livres en 2012, jouissant déjà d’un taux de citations plus élevé que Deleuze ou Heidegger en 2007, il est, selon de nombreux commentateurs, destiné à remplacer Foucault comme figure clé des sciences humaines.
Mais ce qui est encore plus frappant est le triple réductionnisme dont il fait l’objet. Au plan disciplinaire d’abord, il est trop souvent associé à la seule sociologie des sciences et des technologies. Or, son œuvre est foncièrement interdisciplinaire puisqu’y cohabitent un éventail d’objets, des sciences à l’art en passant par l’État, la religion ou le droit.
Sur le plan théorique, ensuite, sa pensée est presque universellement réduite au catéchisme de la théorie de l’acteur-réseau. Pourtant, on peut dégager différentes approches ou divers moments théoriques dans son parcours, qui varient d’ailleurs selon l’angle qu’on adopte. Seguin (2015) distingue chez Latour deux théories politiques des sciences et deux critiques du rationalisme; Tournay (2014) parle des théories et des modèles latouriens; Heinich (2007) repère chez lui deux, voire trois sociologies; Harman (2014) décrit trois Latour différents.
Réductionnisme, enfin, dans la réception de son œuvre, comme si on ne pouvait lire Latour qu’en se positionnant en apôtre ou en pourfendeur. Certains commencent toutefois à dépasser ces postures stéréotypées pour développer une approche de nature exégétique (Blok et Jensen, 2011; Harman, 2009). Dans cet esprit, l’objectif du colloque est d’approfondir notre compréhension de son travail sans céder à la tentation polémiste. Il s’agira d’encourager et de mettre en commun des lectures plurielles de l’œuvre latourienne.
Références :
Blok, Anders et Jensen, Torben (2011) Bruno Latour. Hybrid Thoughts in a Hybrid World. Abingdon, Routledge.
Harman, Graham (2009) Prince of Networks. Bruno Latour and Metaphysics. Melbourne, re.press.
Harman, Graham (2014) Bruno Latour. Reassembling the Political. Londres, Pluto Press.
Heinich, Nathalie (2007) « Une sociologie très catholique? À propos de Bruno Latour », Esprit 5 (mai), pp.14-26.
Seguin, Eve (2015) « Pourquoi les exoplanètes sont-elles politiques? Pragmatisme et politicité des sciences dans l’œuvre de Bruno Latour », Revue française de science politique, 65(2), pp. 279-302.
Tournay, Virginie (2014) « Sur un air de Moon River. Latour : Guerre et Paix du social », pp.23-34, in Tollis, Claire et al. (réd.) L’effet Latour. Ses modes d’existence dans les travaux doctoraux. Paris, Glyphe.
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