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Audrey Coudevylle Vue : Université polytechnique Hauts-de-France
Je souhaiterais proposer une intervention en relation avec mon champ de recherches consacré à la discipline de la cantologie, permettant de montrer comment la chanson populaire française de l'Entre-deux-guerres et plus particulièrement la chanson dite « réaliste », s'est emparée et a rendu compte de cet espace singulier, communément appelé à cette époque « la zone ». En effet, la « zone » était une bande de terrains vagues, constituée tout autour de Paris, à l'emplacement de l'actuel boulevard périphérique, en amont des anciennes fortifications érigées par Thiers dès 1841. Cet immense terrain vague devint bientôt un des lieux de divertissements favoris des parisiens. Or, la chanson « réaliste » s'est emparée de ces traîne-misère dont elle a chanté le quotidien, et fit de la « zone » un de ses paysages esthétiques de prédilection. Aristide Bruant (1851-1925) et Fréhel (1891-1951), puis beaucoup plus tardivement Renaud, l'ont chantée et transfigurée. Ancien refuge et zone de repliement des Apaches traqués chez Bruant, la « zone » devint, grâce au répertoire de Fréhel, un espace de liberté voire de bonheur simple. Aussi, célébra-t-elle la « zone », et plus encore la disparition des fortifications, avec nostalgie.
Ce colloque interdisciplinaire en recherche-création propose de rassembler chercheurs et créateurs en littérature et en arts pour réfléchir à ce que représente le terrain vague dans l’imaginaire contemporain. Espace interlope à la mémoire souvent stratifiée, le terrain vague peut être vu comme un espace-temps transitoire vers une réinvention et une réappropriation. Également symbole d’une vacance, ce waste land ou no man's land peut aussi avoir une fonction salvatrice, à la fois jachère nécessaire et lieu de réappropriation du pouvoir citoyen. Il peut en ce sens susciter des intérêts politiques ou financiers : les promoteurs voient en lui un potentiel à développer, ce qui explique peut-être sa raréfaction au sein des villes. Ces rapports de pouvoir ne sont pourtant pas le seul avenir envisageable : cet espace liminaire, source de liberté et d’inventivité, demande à être déchiffré symboliquement autant qu’à être défriché matériellement; son caractère marginal fait de lui une matrice à nouvelles idées et nouveaux regards sur le monde. À cet égard, il peut offrir l’image de la disposition mentale que nécessitent tant la recherche que la création. Il peut alors conserver son statut de terrain vague et indéfini de façon plus pérenne, être valorisé comme tel et se laisser apprivoiser et réinventer par des actions communautaires ou esthétiques.
Quelques pistes de réflexion (non exhaustives) : où (sur le plan autant spatial que métaphorique) se situe le terrain vague? Comment s’intègre-t-il (ou non) dans un périmètre plus large? À quelles figures donne-t-il naissance? Par qui et comment est-il investi, dans les faits et dans l’imaginaire? Quels enjeux éthiques ou esthétiques pose-t-il? Quels rapports de force ou quelles relations se nouent autour du terrain vague? Quels genres de poétiques engendre-t-il? Quels genres littéraires ou langages esthétiques l’investissent? Comment explorer les strates mémorielles et les processus de sédimentation de ce genre d’espace?
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