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Christelle Manifet : Université de Toulouse
La relation formation-emploi est communément abordée sous un angle diachronique : l'orientation vers la formation et l'emploi; la préparation à l'emploi pendant la formation; l'insertion professionnelle des formés. Une autre perspective est celle de la formation continue des travailleurs qui introduit une lecture synchronique de cette relation et de ce partage. Il s'agit alors de savoir si les universités sont favorables à ce registre de professionnalisation, et si elles confirment ou non l'idée plus générale selon laquelle les systèmes de formation occidentaux s'orientent vers un modèle de formation tout au long de la vie. Pour répondre, on s'appuie sur une approche sociohistorique des cadres politico-institutionnels qui ont façonné et (ré-)orientent aujourd'hui l'offre de formation aux adultes dans les universités de part et d'autre de l'Atlantique, au Québec et en France. Le propos s'organise en fonction de trois dimensions transversales qui s'expriment toutefois selon des modalités particulières dans les deux sociétés étudiées: l'échelle politique, puisque cette voie de professionnalisation semble aller de pair avec une "troisième" voie politique entre libéralisme et étatisme; l'échelle institutionnelle et universitaire, puisque cette professionnalisation se réalise de deux façons, dans les contenus de formation ainsi que dans les parcours; l'échelle des publics adultes, puisque leur statut institutionnel oscille entre logique d'indifférenciation et logique de différenciation.
Les années 1960 ont été caractérisées par une transformation importante de l’enseignement supérieur et universitaire : massification de l’éducation, expansion des universités et création de nouveaux établissements. Depuis quelques années, une nouvelle phase de mutations en cours se répercute sur la mission de l’enseignement supérieur, ses orientations, son rôle social et les ressources qui lui sont consacrées. Tous ces aspects sont l’objet de nombreux débats. Au Québec, le Printemps érable a constitué un point culminant à cet égard. De nombreuses inquiétudes sont présentes : sous-financement, accès réduit aux études, orientation de l’université, soumission trop grande aux impératifs économiques, incapacité à réduire les inégalités sociales et scolaires, etc. Dans un tel contexte, il est impératif de réfléchir sur la situation de l’enseignement supérieur, de mieux comprendre les mutations en cours et d’en saisir la genèse.
Certaines mutations, d’ordre politique ou institutionnel, sont largement conditionnées par la transformation des politiques publiques (introduction du nouveau management public, des politiques de la réussite, de nouveaux modes de gouvernance et de nouveaux modes d’attribution des ressources économiques). À cet égard, il paraît essentiel de s’intéresser à l’articulation entre les politiques publiques et les modes d’intervention des différents acteurs afin de dégager le sens et la nature des changements réalisés.
D’autres transformations tiennent à la composition sociale de la population étudiante, à la transformation de l’expérience éducative ainsi qu’à la multiplication et à la diversification des parcours éducatifs. On constate que la massification de l’éducation n’a pas mené à l’élimination des inégalités scolaires, mais à leur recomposition. L’analyse historique et longitudinale de ces mutations ouvre une voie originale pour mieux les comprendre.
Il y a aussi un grand intérêt à examiner, autant que faire se peut, les articulations entre les mutations institutionnelles et la différenciation des parcours. Comment les politiques influent-elles sur les parcours et sur l’expérience des étudiants? Comment les parcours scolaires ont-ils conduit à des transformations de l’institution universitaire?
Notre objectif est de nous interroger sur ces processus, par une analyse portant à la fois sur la formation et la transformation du champ moderne de l’enseignement supérieur au Québec et au Canada. Il s’agira de dégager les diverses formes d’inégalités sociales et scolaires, en particulier les inégalités de parcours, en tenant compte de l’évolution du champ de l’enseignement supérieur afin de saisir les interactions entre les décisions et les mécanismes mis en œuvre à l’échelle politique et institutionnelle, d’une part, et les expériences scolaires des étudiants, d’autre part.
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