pen icon Colloque
quote

La stratégie gender neutral dans l'animation audiovisuelle française : des représentations conçues pour plaire à tout le monde mais pas toujours équitables

ML

Membre a labase

Mélanie Lallet : Université Paris Cité

Résumé de la communication

L'analyse des représentations genrées proposées par les dessins animés français depuis les années cinquante permet de mettre en lumière de nombreuses évolutions, suivant un jeu de tension entre conformisme et innovation propre aux industries culturelles (Morin 2008). Qu'en est-il des nouvelles productions, à l'heure où de nombreux diffuseurs communiquent sur leur intention de lutter contre les stéréotypes et toutes les formes de discrimination? À travers des éléments issus du travail de terrain débuté à l'automne 2015 auprès de professionnel.le.s de l'animation et l'exemple des représentations proposées dans la dernière série T'Choupi à l'école (2013, France 5), nous verrons qu'il y a parfois un grand écart entre les revendications des chaînes et la façon dont "la lutte contre les stéréotypes" est (ou n'est pas) organisée dans le cadre de la fabrique des programmes jeunesse. Nous verrons comment l'exigence du "gender neutral" qui pèse sur les instances de la création (écriture, production, animation et réalisation) permet d'éviter l'absence de femmes à l'écran puisqu'il faut "servir les filles" (voir Burch, 2000 pour le cinéma). En revanche, cette stratégie n'abolit en rien la logique différentialiste qui caractérise les représentations du féminin et du masculin. Le masculin reste perçu comme "neutre" (Cromer 2010), le féminin comme "autre" et le présupposé selon lequel les garçons se tourneront plus difficilement vers des héroïnes ou des contenus "féminins" est toujours bien ancré.

Résumé du colloque

Ce colloque portera sur la représentation des identités et rapports de genre (gender) au prisme de différents types de productions télévisuelles francophones. Le genre, en tant que « rapport social » (Macé, 2015), renvoie à la construction des identités sexuées, notamment à la distinction socioculturelle centrale construite entre les hommes et les femmes, et entre le féminin et le masculin.

La question du genre revêt actuellement une importance majeure, non seulement dans l’organisation des sociétés contemporaines (Kimmel, 2000), mais aussi dans les productions médiatiques. Les différences « perçues » entre hommes et femmes, les normes de genre, le couple et ses variantes, l’orientation sexuelle en tant qu’élément identitaire central et les revendications des communautés LGBT font partie de thématiques fréquemment abordées dans les productions télévisuelles contemporaines. De nombreuses recherches anglophones portant sur les gender studies et la télévision ont d’ailleurs été publiées durant la dernière décennie en réponse à cette importance du genre en tant que thématique et classification sociale. Or, alors que ces recherches sont prolifiques dans le milieu anglo-saxon, celles-ci accusent un retard important dans le milieu francophone, notamment à cause de traditions de recherches différentes, mais aussi du caractère polysémique — et encore parfois polémique — du concept de genre au sein de la francophonie (Burch et Sellier, 2009). Ce colloque se veut ainsi l’occasion de développer les gender studies portant sur les télévisions de la francophonie en réfléchissant à la manière dont les normes représentationnelles du genre se construisent et se négocient dans différents types de productions.

Le colloque s’intéressera à la représentation des hommes, des femmes et des autres identités de genre dans diverses productions télévisuelles, le tout en réfléchissant à la fluidité et à la multiplicité des modèles médiatisés. Par ailleurs, bien que la fiction télévisuelle connaisse actuellement une grande popularité (Glevarec, 2012), le colloque se veut ouvert à une réflexion plus multidimensionnelle sur ce médium; le fait de s’intéresser conjointement à plusieurs genres télévisuels (types d’émissions) sera l’occasion de réfléchir aussi à l’effet potentiel des formats, et de leurs contraintes narratives et de production sur les modèles de genre construits.

En somme, au-delà des visions parfois monolithiques médiatisées à propos du genre, mais aussi de la télévision elle-même, cet événement souhaite mettre en lumière la diversité relative des représentations hégémoniques et contre-hégémoniques des identités et « rapports sociaux de sexe » que véhiculent les télévisions francophones par leurs différentes formes génériques et narratives.

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 11 mai 2016

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :