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Ryan Conrad : Université Concordia
Les campagnes de marketing social, comme celle qui est associée au plan quinquennal de lutte contre l'homophobie du gouvernement du Québec (2011-2016), reposent généralement sur des images positives des LGBT qui agissent comme des hétérosexuels. Par ailleurs, les témoignages de personnes LGBT sur les différentes réalités de leurs vies sont plus sombres et souvent réalisés dans des contextes publics où il est nécessaire de souligner les difficultés vécues (devant l'Assemblée nationale, les bailleurs de fonds, les manifestations publiques, etc.). Cette communication se penche sur l'échec des campagnes d'image positives pour rendre compte de la "vie réelle" des LGBT, tout en questionnant le caractère confessionnel des pratiques de témoignages publics qui exigent qu'on rende visible ses traumatismes et ses blessures. Peut-on imaginer une forme d'échange avec le public qui puisse parler de toute la gamme des expériences vécues par les LGBT ? Une visibilité qui ne supprime pas les différences, mais qui les situent par rapport aux cadres sociaux, économiques et politiques qui définissent les conditions de vie des personnes LGBT?
On assiste aujourd’hui à une prolifération jamais vue, dans l’espace public, de récits personnels portant sur la sexualité et l’inclusion sociale. Il y est question d’orientation sexuelle, d’expression de genre, de séropositivité au VIH, de travail du sexe, de non-monogamie, d’agression sexuelle. Les sujets abordés sont tabous, et ceux qui les relatent s’exposent à l’opprobre et à la non-reconnaissance, que ce soit par la criminalisation, la pathologisation ou la stigmatisation. Les histoires véhiculées participent ainsi à l’expansion d’un discours sur la justice sociale et la reconnaissance au moyen de cultures démocratiques, éthiques et pornographiques déterminées. Plusieurs auteurs confirment que ce discours s’inscrit dans le sillage des nouvelles technologies des médias et des différentes formes d’intervention et d’action culturelle menées par des groupes minoritaires. Au-delà des individus donc, et à travers le récit au « je », s’exprime une parole collective qui articule non seulement une identité et des valeurs singulières, mais aussi des manœuvres politiques et une volonté d’action sociale. Émergent plusieurs « cultures du témoignage » qui impliquent des personnes témoins, d’autres qui sollicitent les témoignages, d’autres enfin qui les consomment, et l’environnement social et médiatique dans lequel ces récits prennent effet, tant sur le plan de leur production que sur celui de leur réception.
Ce colloque de trois jours vise à mettre en commun des réflexions d’actualité issues des sciences sociales, des arts, de l’éducation, de la santé et du milieu sociocommunautaire. Il s’adresse aux personnes dont le travail, la recherche ou les études concernent les pratiques, les usages et les retombées du témoignage public comme stratégie d’intervention dans la société actuelle.