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Raphaël Mathieu Legault Laberge
Les thématiques religieuses sont l'objet d'un véritable culte chez certains artistes picturaux, pensons à Paul Borel ou Bernard Benezet par exemple. En ce domaine, le recours au religieux est à ce point important que nous pouvons même parler d'art religieux, renvoyant aux icônes et autres représentations s'étant taillées une place dans le panthéon des œuvres d'art. Qu'en est-il des peintres européens qui ont marqué, voire même façonné la modernité? Nous postulons qu'entre le siècle des Lumières et le 20e siècle s'est opéré un déplacement de la représentation du religieux chez les peintres, le même déplacement qu'a connu le religieux durant cette période. Nous utiliserons ici les productions culturelles en tant qu'indices de la culture et nous tenterons d'observer chez les peintres européens le processus de sécularisation qui a caractérisé la modernité (Gauchet, 1998). Pour ce faire, nous proposons une herméneutique (Grondin, 1993) des réalisations de divers artistes picturaux. Afin de plonger plus en avant dans cette hypothèse, nous définirons, dans un premier temps, une grille d'observation qui nous permettra de lire les tableaux des artistes. Cette grille renverra aux traits fondamentaux qui ont marqué le processus de sécularisation. Par la suite, pour chacun des siècles qui nous intéressent, nous sélectionnerons certains peintres et nous utiliserons notre grille d'observation afin d'analyser et d'interpréter leurs réalisations.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?
Thème du colloque :