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Le monde commun d'Hannah Arendt et Bruno Latour

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Eve SEGUIN : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Bruno Latour s'intéresse au politique depuis les débuts de sa carrière, comme en témoignent son étude sur l'émergence de la microbiologie et le slogan qui la synthétise « science is politics by other means ». C'est cependant avec Politiques de la nature qu'il a fait son véritable coming out politique, cet ouvrage se voulant un traité de théorie politique dans les formes, dont les solutions proposées rappellent des œuvres classiques comme celle de Montesquieu, par exemple. Le concept central de l'ouvrage, que Latour promeut encore aujourd'hui, est celui de « monde commun ». Il est dès lors étonnant que la riche bibliographie ne fasse pas mention d'Hannah Arendt. En théorie politique, le concept de « monde commun » est en effet irrémédiablement associé à la pensée d'Arendt, qui l'a défini et mobilisé dans son magnum opus The Human Condition publié en 1958. Au-delà des spéculations sur ce qui a motivé Latour à utiliser une notion aussi connue sans en nommer la mère, on tentera de dégager les spécificités et, éventuellement, point de convergences entre leur traitement respectif de cette notion. Ce travail participe des études comparatives, de plus en plus nombreuses, qui se penchent sur le travail de Latour et d'autres penseurs, de Nietzsche à Deleuze en passant par Heidegger ou l'école de Francfort.

Résumé du colloque

Dire que Bruno Latour est l’un des penseurs contemporains les plus influents relève de l’euphémisme. Récipiendaire du prix Holberg en 2013, sacré « Hegel de notre temps » par Le Monde des livres en 2012, jouissant déjà d’un taux de citations plus élevé que Deleuze ou Heidegger en 2007, il est, selon de nombreux commentateurs, destiné à remplacer Foucault comme figure clé des sciences humaines.

Mais ce qui est encore plus frappant est le triple réductionnisme dont il fait l’objet. Au plan disciplinaire d’abord, il est trop souvent associé à la seule sociologie des sciences et des technologies. Or, son œuvre est foncièrement interdisciplinaire puisqu’y cohabitent un éventail d’objets, des sciences à l’art en passant par l’État, la religion ou le droit.

Sur le plan théorique, ensuite, sa pensée est presque universellement réduite au catéchisme de la théorie de l’acteur-réseau. Pourtant, on peut dégager différentes approches ou divers moments théoriques dans son parcours, qui varient d’ailleurs selon l’angle qu’on adopte. Seguin (2015) distingue chez Latour deux théories politiques des sciences et deux critiques du rationalisme; Tournay (2014) parle des théories et des modèles latouriens; Heinich (2007) repère chez lui deux, voire trois sociologies; Harman (2014) décrit trois Latour différents.

Réductionnisme, enfin, dans la réception de son œuvre, comme si on ne pouvait lire Latour qu’en se positionnant en apôtre ou en pourfendeur. Certains commencent toutefois à dépasser ces postures stéréotypées pour développer une approche de nature exégétique (Blok et Jensen, 2011; Harman, 2009). Dans cet esprit, l’objectif du colloque est d’approfondir notre compréhension de son travail sans céder à la tentation polémiste. Il s’agira d’encourager et de mettre en commun des lectures plurielles de l’œuvre latourienne.

Références :

Blok, Anders et Jensen, Torben (2011) Bruno Latour. Hybrid Thoughts in a Hybrid World. Abingdon, Routledge.

Harman, Graham (2009) Prince of Networks. Bruno Latour and Metaphysics. Melbourne, re.press.

Harman, Graham (2014) Bruno Latour. Reassembling the Political. Londres, Pluto Press.

Heinich, Nathalie (2007) « Une sociologie très catholique? À propos de Bruno Latour », Esprit 5 (mai), pp.14-26.

Seguin, Eve (2015) « Pourquoi les exoplanètes sont-elles politiques? Pragmatisme et politicité des sciences dans l’œuvre de Bruno Latour », Revue française de science politique, 65(2), pp. 279-302.

Tournay, Virginie (2014) « Sur un air de Moon River. Latour : Guerre et Paix du social », pp.23-34, in Tollis, Claire et al. (réd.) L’effet Latour. Ses modes d’existence dans les travaux doctoraux. Paris, Glyphe.

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
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Eve SEGUIN
section icon Date : 11 mai 2016

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