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Le « travail esclave » rural contemporain au Brésil : servitude, droits et citoyenneté...

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Alexis Martig : Université Laval

Résumé de la communication

À partir de recherches de terrain et d'entretiens réalisés auprès de travailleurs libérés du « travail esclave » rural, et d'acteurs sociaux engagés dans la lutte contre celui-ci, cette communication se propose de réfléchir aux conditions socio-historiques et aux dimensions subjectives ayant permis l'émergence de cette forme d'exploitation et sa « naturalisation » (Souza,2006). Pour cela, après avoir présenté les caractéristiques du « travail esclave » et l'histoire de sa reconnaissance progressive par l'État brésilien, nous reviendrons sur la manière dont les travailleurs ruraux brésiliens ont été socio-historiquement construits comme une population subalterne et des « alter inégaux » ou des citoyens inférieurs dans la société brésilienne (Martig,2014; Sales,1994). Il s'agira ainsi de tenter de saisir les dimensions subjectives de la servitude en s'intéressant à la manière dont la résignation face à une situation de servitude peut être pensée en termes de perceptions de soi comme inférieur ou inégal et peut être comprise en termes de (non) performativité des droits et de défaut de citoyenneté. Nous chercherons ainsi à saisir les différents éléments, notamment liés à la construction de la subjectivité, à l'origine de la « naturalisation » du « travail esclave » au Brésil permettant ainsi de comprendre la nécessité pour les acteurs sociaux engagés dans la lutte contre le « travail esclave » de dénoncer cette forme de « travail forcé » comme un intolérable moral…

Résumé du colloque

Malgré un contexte politique marqué par le développement de plans de lutte nationaux (Canada, 2012; Brésil, 2007; É.-U., 2013) et internationaux contre les formes d’exploitation au travail dénoncées sous le registre de l’esclavage moderne, le marché mondial du travail reste traversé de formes d’exploitation au travail combattues par ces plans : exploitation sexuelle, travail forcé, travail infantile ou encore servitude pour dettes. Beaucoup de produits vendus sur les marchés internationaux sont fabriqués dans des conditions dénoncées comme relevant de l’esclavage moderne à des fins de rentabilité : vêtements, chaussures, chocolat, fruits et légumes, acier, bois… phénomène illustrant comment l’économie capitaliste néolibérale et globale fait de la précarisation des travailleurs l’une de ses caractéristiques. Le contexte contemporain des Amériques n’échappe pas à cette réalité.

S’appuyant sur des études de cas situées dans différents pays des Amériques (Canada, Brésil, Mexique, etc.), ce colloque cherchera à comprendre les logiques et les formes de l’exploitation au travail, liées ou non à la migration. À cette fin, il mettra en question dans chaque cas les spécificités des relations de travail et de dépendances tout en examinant de quelle manière celles-ci prennent place ou non dans un contexte politique d’économie globale conduisant à normaliser objectivement ou subjectivement ces conditions de travail, malgré des discours et des plans de lutte contre la traite humaine et l’esclavage moderne. Il s’agira donc d’étudier tant les contextes des politiques migratoires pour les travailleurs agricoles au Canada et au Québec, par exemple, que les manières dont certains travailleurs se résignent, sous des formes de servitude volontaire, à travailler dans des conditions de travail non libre, notamment au Brésil, pour comprendre comment se construisent les frontières légales, sociales et morales de l’exploitation au travail dans les Amériques aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
manager icon Responsables :
Alexis Martig
section icon Date : 11 mai 2016

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