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Éléonore Lefrançois : UQAM - Université du Québec à Montréal
L'écoute musicale est une activité instrumentée qui évolue au gré des avancées techniques. La numérisation de la musique enregistrée et l'intensification de l'utilisation d'Internet ont apporté de nouvelles perspectives en termes de dispositifs et de pratiques d'écoute musicale. En plaçant l'étude des pratiques d'amateurs de musique au cœur de notre recherche et en considérant ces dernières comme un art de faire personnel et réflexif (Hennion, 2002), nous tentons d'explorer et de comprendre ce qui « attache » les amateurs à leur musique aujourd'hui. Cette recherche repose sur un raisonnement inductif et une approche compréhensive des pratiques amateurs. L'enjeu méthodologique principal de cette recherche tient à la difficulté de rendre compte, au plus près, de l'expérience de l'amateur. Dans cette optique, nous avons mis en place une stratégie de recherche basée sur la méthode du récit de pratique que nous opérationnalisons par la conduite d'entrevues semi-dirigées combinée à l'observation photographique du « terrain de jeu » des amateurs (photos du dispositif, du lieu ou du contexte d'écoute prises par le participant). Cette stratégie permet le recueil de données « enrichies » tout en offrant une vue sur l'expérience d'écoute du point de vue des participants.
En collaboration avec le LabCMO et la Chaire de recherche UQAM sur les usages des technologies numériques et les mutations de la communication, ce colloque vise à réunir des chercheurs francophones issus de diverses institutions afin de tenir un dialogue fécond sur les processus méthodologiques de la recherche sur les usages d’Internet et des technologies numériques.
Avec les développements récents d’Internet et l’adoption massive des technologies numériques, les chercheurs en sciences sociales ont dû innover et développer des méthodes de collecte et d’analyse permettant de saisir des phénomènes en émergence (Barats et al., 2013). Certaines méthodes classiques comme l’ethnographie ont été adaptées aux objets de recherche numériques (Hine, 2000; 2015). D’autres ont émergé en tant que méthodes spécifiques, comme l’analyse algorithmique de gigantesques ensembles de données (big data) (DeLyser et Sui, 2013) et les méthodes numériques (digital methods) (Rogers, 2013). Ces dernières années, plusieurs colloques et de nombreuses publications scientifiques ont porté sur les enjeux liés à l’étude d’Internet et des technologies numériques, notamment en ce qui a trait à l’éthique de la recherche (Thoër et al., 2012; Latzko-Toth et Pastinelli, 2014), à l’épistémologie (Crawford et al., 2014; Boyd et Crawford, 2012) et aux effets culturels et politiques (Fuchs et al., 2013).
Ainsi, du design de la stratégie méthodologique jusqu’à la finalisation des analyses en passant par l’opérationnalisation des concepts, comment la recherche en sciences sociales, notamment en communication, s’adapte-t-elle à l’étude d’Internet et des usages des technologies numériques? Comment justifier la constitution d’un échantillon ou d’un corpus? À l’aune de quels critères établir la validité de nos données? De quelles manières les outils d’analyse sont-ils sélectionnés et quels en sont les biais inhérents? Ce colloque représente une occasion, d’une part, de recenser les différentes stratégies et outils méthodologiques utilisés afin d’étudier les usages d’Internet et des technologies numériques et, d’autre part, de réfléchir et de critiquer nos démarches de recherche en vue de les améliorer.