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Pascal Plantard : Université Rennes 2
Le projet ANR INEDUC a pour objectif de questionner des inégalités éducatives en croisant les parcours scolaires des adolescents avec leurs activités de loisirs et leurs pratiques numériques à l'aune des territoires dans lesquels ils vivent. De 2011 à 2015, l'équipe a enquêté dans des communes situées dans des zones rurales, péri-urbaines et urbaines de trois régions françaises : l'Aquitaine, la Basse-Normandie et la Bretagne. L'équipe réunit des géographes, des sociologues, des anthropologues ainsi que des chercheurs en sciences de l'éducation et de l'information-communication. La méthodologie d'enquête articule les approches quantitatives et qualitatives. Nous avons récolté 3 356 questionnaires élèves et 1 058 questionnaires parents. L'enquête qualitative consiste à approfondir neuf sites. Nos résultats montrent que les inégalités éducatives liées aux loisirs et aux usages du numérique sont importantes chez les adolescents et qu'elles dépendent, entre autres, du territoire dans lequel ils vivent. En termes de socialisation secondaire et de construction des capitaux sociaux et culturels, nos données indiquent que les parcours scolaires, de loisirs et numériques sont interdépendants. Nos résultats apportent des éléments de compréhension sur plusieurs questions vives concernant les loisirs et les usages numériques des familles populaires ; l'ancrage territorial des inégalités éducatives ; la compensation des inégalités éducatives par les territoires et les établissements scolaires.
La persévérance scolaire et la réussite des jeunes constituent des facteurs clés du développement des sociétés. Ce constat s’appuie notamment sur les recherches illustrant les coûts sociaux et économiques associés à l’abandon scolaire : hausse de la criminalité, besoins plus importants en soins de santé, exclusion, perte de revenus fiscaux par les collectivités, etc. La lutte contre l’abandon scolaire s’inscrit d’ailleurs de plus en plus dans une stratégie permettant de tirer profit des forces et des capacités d’agir de tous afin de contrer le cycle de la désintégration des communautés.
Inversement, de multiples composantes d’un territoire peuvent influencer les parcours scolaires des jeunes qui y résident. En effet, même si les travaux portant sur la persévérance et la réussite scolaires restent fortement associés au triptyque « élève-famille-école », un nombre croissant d’études s’intéressent plus globalement à l’ensemble des contextes dans lesquels les jeunes évoluent. Ces recherches font état d’une influence significative de l’espace de vie sur le développement des jeunes.
Jusqu’à présent, certaines études ont montré que les caractéristiques socioéconomiques des quartiers, notamment le revenu moyen des ménages, la structure de l’emploi, le statut matrimonial et l’ethnicité, ont des conséquences sur le développement des jeunes. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour comprendre l’incidence économique, géographique, sociale et culturelle directe et indirecte des espaces de vie sur la dynamique complexe de la persévérance et de la réussite scolaires. De plus, la notion systémique de territoire invite à adopter une lecture pluridimensionnelle des milieux de vie des jeunes et, ainsi, à explorer simultanément les différentes facettes du territoire, telles que l’offre scolaire, la mobilisation de la communauté, la proximité des services, la qualité de vie, les liens école-communauté, etc.