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Guy Tapie : Ecole nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux
Avec l'allongement de l'espérance de vie et les progrès de la médecine, une durée de retraite plus longue, une demande d'activités adaptées, les « séniors » constituent une catégorie singulière et diversifiée d'habitants. Singulière au regard de leurs attentes; diversifiée pour des raisons socio-économiques et culturelles, en fonction de l'âge et de l'autonomie/dépendance ou encore de l'histoire personnelle de chacun. Des modes d'habitat originaux se sont structurés, portés par une offre multiple : publique et privée, spécialisée ou généraliste, intégrant des soins médicaux, émanant de l'entourage familial et de collectifs d'habitants. Dans ce cadre, nous nous sommes intéressés à des structures émergeantes depuis une dizaine d'année, « les séniorales », une offre de promoteurs privés destinée à des « séniors actifs ». Le type morphologique créé, les pratiques des résidents (entretiens d'une trentaine de résidants) et le concept (entretiens avec les promoteurs) ont été sondés dans le cadre d'une étude sur l'importance que revêtent les attentes de sécurité dans l'habitat contemporain. Notre démarche s'inscrit en priorité dans la recherche architecturale et urbaine en France plus que dans la référence à une sociologie de la vieillesse. Elle privilégie le rôle joué par la conception des lieux et les acteurs qui y participent, croisant alors conditions spatiales ou matérielles et modes de vie pour aborder fabrication et appropriation/réception de lieux de vie.
Qu’il soit appréhendé en termes de politiques publiques ou d’expériences, un aspect important du vieillissement est sa dimension territoriale, laquelle cependant reste souvent à l’arrière-plan dans les recherches. De nombreux travaux issus de la géographie, de l’urbanisme et de l’aménagement se sont penchés sur le thème du vieillissement en explorant différents aspects du cadre bâti ou de la distribution dans l’espace de la population âgée. Il est plus rare de voir des politologues et des géographes s’interroger sur les échelles d’intervention étatique et leurs effets sur la population âgée; des anthropologues et des sociologues explorer les territoires vécus ou encore les différentes formes d’habitat, en mettant en exergue la pluralité des expériences des aînés.
Trois axes seront explorés dans ce colloque. Le premier axe concerne les territoires de l’action publique et vise à réunir des travaux qui analysent la manière dont les politiques publiques de la vieillesse et du vieillissement sont territorialisées en Europe, notamment en France, et au Québec. Les résultats de cette territorialisation, qui peuvent se traduire par des inégalités d’accès aux prestations et services entre zones géographiques ou par des relations tendues entre professionnels (dont la coordination peut être rendue difficile par des territoires d’intervention variables), seront aussi explorés. Le deuxième axe s’intéresse aux territoires du quotidien, pratiqués et vécus par les personnes âgées, mais aussi partagés avec autrui, et à la manière dont ils évoluent avec l’avancée en âge : modes d’appropriation de l’espace et possibles difficultés éprouvées; vécus des transformations de l’environnement de proximité; formes de sociabilité et dynamiques intergénérationnelles; participation sociale et citoyenne; sentiment de sécurité ou d’insécurité, etc. En continuité, le troisième axe porte plus spécifiquement sur les lieux de vie et les modes d’habiter dans la vieillesse. Il s’agit de réunir ici des analyses traitant du domicile ou de la vie en résidence, en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou en CHSLD (centre d’hébergement et de soins de longue durée), dans leurs multiples facettes : influence des choix architecturaux sur les modes d’habiter, aménagements ou déménagements au fil de l’avancée en âge, manières de s’approprier un lieu de vie collectif, pratiques des professionnels amenés à intervenir dans l’espace privé, etc.
À travers ce regard multidisciplinaire, l’objet « territoires » gagnera ainsi en richesse. Ce dialogue, tout en ouvrant la porte à l’interdisciplinarité, permettra de renforcer les liens entre chercheurs québécois et européens. Dans le contexte actuel de reconfiguration des États providence, de déploiement de programmes de soutien à domicile pour les aînés et de fortes contraintes budgétaires, l’exercice de comparaison entre différents pays ou régions ne pourra être que fécond.