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Les transformations des ressorts anthropologiques du travail social et leurs effets sur l'éthique : à propos de résilience

JG

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Jean-Louis Genard

Résumé de la communication

L'évolution de nos coordonnées anthropologiques, le passage d' une "anthropologie disjonctive à une anthropologie conjonctive", considérant les êtres à la fois et toujours comme fragiles et vulnérables, mais aussi capables et résilients, modifie en profondeur les conditions du travail social. D'un côté, la reconnaissance de la vulnérabilité conduit à développer des attitudes bienveillantes que thématisent les éthiques du care; de l'autre, la reconnaissance de la résilience incite au contraire à faire pression sur les usagers pour qu'ils se prennent en main, qu'ils s'activent… Cette ambivalence anthropologique génère structurellement dans la relation de travail social une ambivalence éthique entre care et responsabilisation, obligeant le travailleur social à construire un positionnement qui concilie deux figures opposées de la responsabilité. Cette communication cherchera à comprendre et à décrire la difficulté d'être soi face à une telle ambivalence. Elle s'intéressera particulièrement, 1) au concept de résilience et à ses implications éthiques; 2) à ce qu'il en est dans les situations de grande détresse, d'urgence, de handicap lourd où l'appel à la résilience paraîtrait éthiquement déplacé; 3) aux conséquences de cette ambivalence entre exigence de sollicitude, obligation de responsabilisation et individualisation de l'aide sociale sur le travailleur social obligé de naviguer entre confiance réciproque et menace de conditionnalisation des prestations sociales.

Résumé du colloque

Dans un contexte marqué par de profondes transformations économiques, sociales et culturelles, et par des changements de paradigmes au sein des politiques publiques qui sont devenues « actives », plus responsabilisantes et « capacitantes » (Astier, 2007; Cantelli et Genard, 2007; Groulx, 2009; Genard, 2013), mais également plus gestionnaires (Bellot et al., 2013), le travail social a évolué dans ses formes d’organisation comme dans ses finalités et ses modalités d’intervention. Les situations sociales auxquelles il doit répondre aujourd’hui se sont complexifiées, marquées par l’alourdissement des problématiques ou l’émergence de nouveaux besoins, mais aussi par différentes formes de fragmentation, de vulnérabilités et par l’augmentation des inégalités (Baillargeau, 2009). Les travailleuses sociales et les travailleurs sociaux sont souvent confrontés à nombre de défis et à des tensions normatives importantes (Bourgeault, 2004; Gonin, Grenier et Lapierre, 2013; Dierckx et Gonin, 2015) liés à la complexité et aux enjeux de la pratique tout autant qu’aux nouvelles configurations des cadres organisationnels d’intervention. Des logiques parfois contradictoires ou paradoxales guident ces réorientations et peuvent aller à l’encontre des valeurs personnelles et professionnelles prônées par les travailleuses sociales et les travailleurs sociaux ainsi que de leurs propres paradigmes d’intervention (Lambert, 2013). Pour répondre à ces défis, dans un contexte normatif où les repères universels ne vont plus de soi, un repositionnement peut être nécessaire, permettant l’expérimentation de réponses inédites. Certaines recherches et expérimentations sont ainsi porteuses de nouvelles façons d’agir et de penser au regard de ces défis.

C’est à partir de ces recherches et expérimentations qu’une réflexion plus globale sur les enjeux du travail social est abordée par l’adoption d’une perspective éthique. Les dernières années ont en effet vu apparaître un intérêt grandissant pour la sphère de l’éthique, et plusieurs ouvrages et articles ont présenté diverses approches des questions éthiques (Lamoureux, 2003; Bouquet, 2003; Bouchereau, 2012; Pullen-Sansfaçon et Cowden, 2012; Depenne, 2012; Gonin et Jouthe, 2012; Merlier, 2013; Farmer, Bouthiller et Roigt, 2013). C’est sous l’angle de la mobilisation d’une éthique réflexive que les différents défis et enjeux rattachés à la pratique complexe du travail social actuel sont mis en lumière. Le colloque est orienté vers la réflexion sur les potentialités de l’éthique dans une visée d’engagement et de conscience critique (Jacob, 2003). Ainsi, les questions suivantes guideront ce rassemblement : quels sont les nouveaux enjeux éthiques dans la transformation du social? Quels points d’appui et perspectives pour les aborder? Quels pouvoirs créatifs et transformateurs des pratiques du travail social par l’éthique? Sous quels angles aborder les questions éthiques dans la formation en travail social?

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 11 mai 2016

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