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Lidia Guennaoui : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les mouvements environnementaux au Québec sont des espaces où évoluent des pratiques en éducation relative à l'environnement des plus fertiles. Ces pratiques peuvent devenir démocratiques et même transformatoires, du fait qu'elles défient les rapports de pouvoirs. Entre autres, la diversité des luttes contre les pratiques extractives au Québec sont des espaces démocratiques où de nombreuses formes d'apprentissages citoyens émergent, et où les rapports de pouvoirs sont défiés. Il existe toutefois d'autres formes de rapports de pouvoirs et de savoirs qui tissent et influencent les enjeux socio-environnementaux présents au Québec. Les initiatives citoyennes visant à comprendre et à déconstruire les injustices environnementales à travers les dynamiques systémiques découlant de racismes, de discriminations et de vulnérabilités multiples sont intrinsèques aux luttes de nombreux groupes Autochtones. Elles restent toutefois discrètes pour d'autres groupes minorisés, malgré l'existence d'injustices environnementales dans des milieux urbanisés comme Montréal. Très peu de recherches - et particulièrement dans la littérature scientifique francophone - abordent d'emblée les enjeux de justice environnementale à travers une perspective intersectionnelle et raciale. Au moment où la Nouvelle-Écosse passe un projet de loi sur le racisme environnemental, cette communication présente les visages que peuvent prendre une forme de « démocratie ample » sur les enjeux de justice environnementale à Montréal.
Les enjeux de la démocratie et de l’éducation sont multiples, complexes, et sont cruciaux pour les sociétés. Ils sont à la fois d’ordres éthique, politique, historique, social, environnemental, économique, géographique, culturel, éducatif et pédagogique. Ils se fondent sur des valeurs d’égalité en droits, de justice sociale, de diversité, d’inclusion, de solidarité, d’équité, de paix et de bien-vivre-ensemble. Ils visent à déconstruire les problématiques socio-environnementales qui découlent des dynamiques systémiques de racismes, discriminations, marginalisation, exclusion, violences, logiques extractives et vulnérabilités multiples. L’alphabétisation politique constitue l’une des facettes de l’articulation entre la démocratie et l’éducation. L’analphabétisme politique donne lieu à une « démocratie mince » réduite à sa seule dimension normative basée sur des modalités électorales. L’éducation « transformatoire », dont le moteur est interne aux collectivités et individus concernés, constitue une seconde facette de leur articulation. Elle suppose un engagement critique dans l’exercice d’une « démocratie ample » qui conduit à la transformation des réalités socio-environnementales oppressives. L’éducation non transformatoire est semblable à l’« éducation bancaire » que dénonce Freire, parce qu’elle contribue à maintenir, renforcer et reproduire les dynamiques systémiques oppressives.
Contrairement aux évidences, l’articulation entre la démocratie et l’éducation n’est pas toujours évidente en éducation. La question se pose alors : où, quand et comment se fait cette nécessaire articulation? Depuis 2012, la recherche Démocratie, alphabétisation politique et éducation transformatoire a permis d’étudier les perceptions, expériences et pratiques d’acteurs socioéducatifs au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. Avec le Global Doing Democracy Research Project dans 12 pays, plus de 5 000 personnes y ont participé. En dépit des contextes différents, des tendances communes se dégagent, notamment par le prisme du néolibéralisme, l’expérience d’une « démocratie mince », la perception de la nature antidémocratique de l’école, l’inconfort face aux questions sociales vives, le déni du rôle des enseignants dans la démocratie. Les données de recherche ont été présentées dans plusieurs congrès nationaux et internationaux, et ont été publiées en anglais.
Autour des enjeux de la démocratie et de l’éducation, le colloque réunit divers acteurs socioéducatifs pour partager leurs réflexions, recherches ou praxis, en français, à partir de diverses perspectives critiques, selon quatre axes thématiques :
1) Des perspectives critiques politiques, historiques ou institutionnelles;
2) Des perspectives critiques éducatives, scolaires;
3) Des perspectives critiques sociales et environnementales;
4) Des perspectives critiques « alter-natives » (ou nées dans d’autres épistémologies) telles que le féminisme, l’indigénisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme.